6 MOIS SEUL ???

6 mois, 180 jours tout seul… à part Robinson Crusoé, qui peut vivre autant de solitude aujourd’hui ? Et qu’est-ce que çà fait à un humain d’être si longtemps tout seul ? Je me suis longtemps posé la question… jusqu’à temps de je vive 6 mois tout seul. Vraiment. Et aujourd’hui j’ai décidé de partager cette histoire avec toi 🙂

Pour remettre les choses dans leur contexte, je m’appelle David, et au début de cette histoire… je suis comme tout le monde. Comme Robinson, une famille aimante m’invite à faire de grandes études pour avoir un gros job et une vie de rêve. Je m’exécute, et après un BAC+5 en Gestion de Patrimoine je deviens banquier (Robinson était promis à être avocat, on y est presque). 7 ans se passe dans la progression des échelons de ce métier, jusqu’à temps que… je me rende compte que je ne suis pas à ma place.

Et non seulement je ne me sens plus à ma place, mais alors plus du tout… mais en plus, je me suis perdu. Qui suis-je vraiment ? C’est quoi ma place dans ce monde ? Silence absolue, pas de réponse… Ah, çà c’est un peu gênant. Et la suite logique de cette non réponse, c’est soit la déprime, soit le burn out. Quelque chose te tente ? Les anti-dépresseur ou… les anti-dépresseurs ? Quelque chose ne tourne pas rond, et c’est à ce moment que mon intuition me souffle quelque chose à l’oreille…

BARRE-TOI ! Avant qu’il ne soit trop tard

« Barre-toi, avant qu’il ne soit trop tard ! ». Ah oui quand même… après un silence radio de 7 ans, mon petit doigt me fait passer un message fort là. Ou plutôt, çà faisait 7 ans que je ne l’écoutais pas. Au début, il me chuchotait gentiment à l’oreille « Et si on partait ? ». Pas de réactions. Après quelque années il a haussé le ton, « Il faudrait partir maintenant David… ». Et au bout de 7 ans de surdité absolue… bien qu’il soit patient, mais quand même, il m’a hurlé à l’oreille ! « Barre-toi avant qu’il ne soit trop tard !!! ». Tu imagines le choc ? Déjà, t’as le tympan à moitié sectionné… et puis après, j’ai un CDI moi ! Avec une augmentation en fin d’année, et la promotion tant attendue. Et puis j’ai quand même une baraque, un crédit immobilier, et un chat ! T’as pensé au chat le Petit Doigt ?

Non, le Petit Doigt s’en branle du chat, comme du reste d’ailleurs. Mon égo pensait non-stop « Moi j’ai un CDI, moi j’ai une carrière, moi j’ai nanani nanana… ». Qu’est-ce que tu veux, mon égo ne sait dire que çà, « moi je, moi je ». Et pour une fois dans ma vie, mon intuition a sue crier plus fort que lui. Et quand l’intuition t’attrape, son message tourne en boucle dans ton cerveau. Pire, tu as la boule au ventre chaque matin ou tu te lèves sans faire ce qu’elle te dit. Et après, même ton coeur s’en mêle et se serre dans ta poitrine. Tu vois de quoi je parle, hein ?

Alors c’est parti. Nous étions en 2017, j’étais jeune (putain, quand tu passes la trentaine tu écris des conneries des fois…), motivé, aspiré par ma petite voie intérieure, qui me disait de suivre ma grande Voie extérieure. Car quand je pense à partir, l’évidence me saute au yeux. J’aime la randonnée, donc je pars faire une randonnée. Une grande randonnée même ! Je pose un congé sabbatique de 6 mois, je regarde la carte du monde, et je dessine le plan. Je prend mon billet d’avion pour Faro, au Sud du Portugal, et je revient à pied. A Paris. Au passage, Saint-Jacques de Compostelle et la grande traversée des Pyrénées sur le GR10.

Solitude, relation : Vraie ou fausse ?

Toujours sur mon smarthpone, même au restau...
Toujours sur mon smarthpone, même au restau…

Ah oui au fait, je pars seul :). C’est mon intuition qui me l’a dit. Les clients, les collègues, la hiérarchie qui te harcèlent de mails, coup de téléphone, réunions stériles, et autre passage dans mon bureau genre « Oh fait, je te dérange pas ? », basta pendant 6 mois. Je ressens le besoin de me recentrer. Si j’ai oublié qu’elle est ma place, c’est aussi parce que l’Autre en prenait trop dans ma vie. Donc : je pars seul. A ce moment précis tu vois… je n’ai encore aucune idée de ce que veux dire vivre 6 mois seul. Aucune. Mais c’est quoi la solitude ?

Au 3ème millénaire après Jésus-Christ, la question mérite d’être posée. Sérieux, en dehors de mes fonctions commerciales… Heu, je sais pas ? Si je te dis réseaux sociaux ? Smartphone ? Peux-tu me dire combien d’heures (allez, soyons honnêtes), combien de minutes passes-tu par jour réellement connecté à un autre être humain ? Aujourd’hui l’occidental moyen consomme 5 heures de contenu télévisuel par jour. Nous avons toujours le nez collé à notre smartphone ! Regardes dans la rue, dans les magasins, dans les salles d’attente… Putain, même au restaurant quoi !

Avec cette vie 100% connectée, plus une seule seconde de vraie solitude. Et potentiellement plus une seule seconde de vraie relation humaine non plus. C’est dommage, et avant de partir 6 mois seul à l’aventure dans la nature, je n’avais pas idée à quel point c’est vrai. En revanche, j’ai découvert autre chose…

Se connaitre pour s’accepter puis s’apprécier…

MOI. Mais pas le « moi » de mon égo qui bégaye « moi je moi je » en permanence, non ! Le vrai Moi. Et le vrai Toi, seule la solitude peut te le montrer. Quand tu es seul, pendant 6 mois, à marcher tes 30 km par jours, tu ne peux pas te mentir. Tu peux mentir aux autres, mais pas à toi-même. 24 heures par jour avec un menteur c’est trop insupportable, donc par la force des choses tu vas apprendre à te connaitre.

En l’occurrence, connaitre tes besoins fondamentaux. Çà, c’est la première étape. En clair, connaitre l’animal qui est en toi. Boire, manger, dormir. On ne se rends pas compte à quel point ces 3 besoins physiologiques de la bête qui sommeille en nous sont importants. Quand tu as soif, brûlé par le soleil de l’Algarve à 40°C à l’ombre, et qu’il n’y a pas d’ombre… la moindre eau du robinet que tu trouves est la meilleure chose de l’Univers qui puisse t’arriver ! Pareil pour le manger. En trek, j’ai un peu tendance à ne pas prendre assez de bouffe entre deux points de ravitaillement. De quoi découvrir que bouffer des sauterelles crues et vivantes c’est bon ! Elles ont un petit goût de carottes ! Mais n’oublie quand même pas de leur arracher les pattes de derrière avant, sinon çà chatouille la gorge. La faim est la meilleure de toute les sauces 🙂

Pareil pour dormir. Je ne sais pas si tu as déjà marché 50 km en une journée dans ta vie, ou fait 36 km de haute montagne avec 2600m de D+… Hé ben le soir tu dors bien, je peux te signer un papier.

Ajoute à cela un peu d’Amour, voire du sexe une fois de temps en temps quand même, et çà y est… tes besoins vitaux sont comblés !

C’est beau, c’est calme… c’est la Nature !

Petit bivouac au pied du Carlit, dans les Pyrénées
Petit bivouac au pied du Carlit, dans les Pyrénées

Maintenant que tu t’es redécouvert toi-même, sans filtres (tu remarqueras que les filtres c’est pas mon truc, et encore, je n’ai pas parlé de mon caca dans cet article. Ne t’en fais pas, on en parlera dans un autre, tiens, c’est une bonne idée çà !), tu peux t’accepter. Accepter le vrai toi, et à partir du moment où tu t’acceptes, tu t’apprécies. Évidemment.

Mais seul, perdu au beau milieu de nulle part, tu vas aussi pouvoir découvrir ou redécouvrir la Nature ! Imagine-toi un instant avec moi. Nous sommes au beau milieu des Pyrénées, dans le parc du Néouvielle. Nous venons de marcher toute la journée, et ce soir on plante le bivouac dans une plaine d’altitude, à 2000m. On est entouré par les montagnes, devant un magnifique lac. Tu sens ce petit vent te caresser le visage ? C’est beau, c’est calme, tout est harmonieux, on a juste envie de s’asseoir en tailleur et de méditer hors du temps devant cette magnificence…

Tu sens cette plénitude qui t’envahie ? Et bien çà, c’est plus facile à ressentir dans la solitude. Sans perturbations extérieures. Sans aucunes traces de civilisation. Par exemple, si je te dis maintenant d’essayer de ressentir cette plénitude dans une ville ? Entre les bâtiments gris et moches, les moteurs à explosion et les klaxons de l’embouteillage qui pu le diesel froid juste devant toi ? En essayant d’éviter les merdes de chiens sur le trottoirs etc, etc… Hm Hm… pas facile.

En fait, tout çà… c’était un alibi

En fait, avec le recul des 15 000 km de trek seul en autonomie que j’ai déjà marché au moment ou j’écris ces lignes, et bien… je me rend compte que tout çà, c’est juste un alibi. Ces treks (j’ai récidivé) de 6 mois que j’ai fait, c’était juste un alibi socialement acceptable pour être seul. Et grâce à ces expériences, Dame Solitude m’a révélée ce que j’avais besoin de voir. Comme nous l’avons vu au début de cette histoire, mon intuition m’a poussée à aller sur le chemin, puis, la solitude m’a dit pourquoi je suis parti sur le chemin. Philosophique, n’est-ce pas ?

D’ailleurs cette histoire d’alibi me rappelle l’histoire de la pêche. Depuis tout petit je suis un impatient. Il faut que çà bouge, tout le temps ! Sion quelque chose ne va pas en moi. Et cette agitation perpétuelle qui brûle en moi fait que je me suis toujours tourné vers des activité qui bougent, ou il faut être actif. Par exemple le trek, qui, poussé à l’extrême, te fait traverser des continents entiers… Alors je me suis toujours demandé pourquoi les pêcheurs pêchent ? Pourquoi quelqu’un peut rester assis au bord de l’eau pendant des heures, parfois des journées sans bouger ? C’était tellement irréel pour moi !

Alors je me suis mis à imaginer, à essayer de rentrer dans la tête d’un pêcheur, avec évidemment un point de vue quantitativiste. Si le mec reste assis sans bouger, c’est qu’il pêche beaucoup de poisson ! Logique ! Pour le savoir… il faut leur demander. Alors je me suis mis à aborder tout les pêcheurs que je voyais au bord de l’eau : « Salut, alors : çà mords ? » Et bien non, çà ne mords pas… Le mec n’a pas bougé depuis le matin, et il n’a pas attrapé un seul petit poisson… le mystère restait entier dans mon esprit agité. Et bien 12 000 km plus tard, j’ai enfin compris. Il a fallu que je rencontre un vieux pêcheur Norvégien au bord d’un lac, qu’il me fasse pêcher mon premier poisson, et que je le mange cuit au feu de bois au bivouac du soir. En fait, le pêcheur : c’est comme le trekker. On s’en fout des poissons, on est là pour être assis au bord de l’eau, seul dans la nature ! Et la pêche comme le trek sont des alibis socialement acceptables 🙂

Fini le Porno !

Maintenant que nous avons remis les choses dans leur contexte, voyons les bienfaits de la solitude. Parce que je t’ai raconté que grâce à elle, je me suis rencontré moi-même, puis je me suis accepté et apprécié. Et tu pourrais te dire : « Oui mais à part manger des sauterelles en regardant la montagne, qu’est-ce que çà m’apporterait d’essayer la solitude ? » Excellente question. Lorsque tu es bien avec toi-même, et bien avec le monde qui t’entoure, tu es plein. Et quand tu es plein, il n’y a pas de vides à combler en toi. Donc fini les addictions !

Fini le porno, fini la clope, fini l’alcool, fini la dépendance au regard des autres, fini la boulimie ! Lorsque je suis seul 6 mois, toutes mes vilaines addictions disparaissent toute seules. C’est extraordinaire. Et maintenant que je n’ai plus besoin de consommer frénétiquement un produit (ou une activité), autre chose va pouvoir rentrer en moi. Autre chose qui me nourrit vraiment. Je ne l’attendais pas, mais çà me tombe dessus. Çà c’est peut être très personnel, mais chez moi c’est la créativité, l’inspiration. Cet article de blog, comme beaucoup de ceux que je publie chaque année, fait partie d’une longue liste d’idées qui me tombent dessus sur les sentiers. Pareil pour mon premier livre que je suis en train d’écrire…

Les deux derniers bienfaits d’être 6 mois seul

Autre chose encore. Comme je te l’ai confessé tout à l’heure, je suis parti pour fuir l’autre. J’ai fait une sorte d’overdose de l’autre. Hé bien, les humains c’est comme la cocaïne, le meilleur moyen de s’en soigner c’est une cure. En réalité, le problème n’était pas les humains en soi, mais plutôt la propension à développer une relation déséquilibrée avec eux. Pour cela le trek est absolument parfait. D’abord de la solitude totale, puis l’envie d’aller vers l’autre. « Je ne suis jamais moins seul que dans la solitude » disait Scipion l’Africain.

Effectivement, plus la nature est dure, plus les humains sont proches. En ville, ou la vie est tellement confortable (lit, frigo, magasins, restau…), on ne se dit pas bonjour, on ne se regarde même pas quand on se croise dans la rue ! En haute-montagne, quand tu marches entre les orages, et que tu es reconnaissant simplement d’être encore en vie… le premier humain que tu croise devient instantanément ton meilleur pote ! Même si tu es introverti !

Enfin, après s’être retrouvé soi-même, après avoir retrouvé l’autre… Il se peut que tu retrouves même autre chose. Chacun mettra le mot qu’il veut sur cette chose, mais que l’on appelle cela l’Amour, la Lumière, la Vérité, Dieu, Allah ou Yavhé… quelques mois de solitude te feront sentir une présence bienveillante, infinie… et presque palpable. Mais çà, c’est un autre sujet, on en reparlera une autre fois…

« I have a dream… »

Traversée de l'europe à pied par David Blondeau
Vu d’ici, c’est petit l’Europe 🙂

J’avais un rêve, celui de traverser à pied le continent qui m’a vu naître. En l’occurence, l’Europe. Et en plus je voulais le traverser seul, « Part of the game » disent les anglophones… J’ai écouté mon intuition, suis parti seul sur les chemin, et 1 an et 10 000 kilomètres plus loin, j’ai fait de ce rêve une réalité… La plus grande réalisation de ma vie. Le plus grand sentiment d’accomplissement qui m’ait été donné de vivre !

En plus de m’apporter cette sérénité d’avoir accompli « ce pour quoi je suis venu », cette expérience m’a apportée l’inspiration. L’inspiration de me remettre sur mon chemin. Pour moi c’est l’entrepreneuriat dans le Trek, qui me permet de partager et d’aider les autres. Partager par mes récits d’aventures que tu trouveras par exemple sur mon blog , et aider les trekkers, randonneurs et pèlerins à partir sur leur chemin en prenant leur pied, donc sans se blesser. Pour leur filer un coup de main, je leur propose des programmes de formations vidéos, un condensé de techniques, d’astuces et de 15 000 km d’expérience.

Maintenant, il ne me reste plus qu’à t’inviter toi aussi à goûter aux bienfaits de la solitude sur les chemins de randonnée 😉

A très bientôt,

David


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