Qu’est-ce que le Sport m’a apporté dans la vie ? Pour moi le sport, c’est la rando, et je rentre justement de 15 000 kilomètres de trek… Voici la retranscription de mon Interview chez 50NDS (50 Nuances de Sport) avec Rosanne.

Rosanne : Je suis ravie de vous retrouver aujourd’hui en compagnie de David, un passionné de randonnée qui a réalisé son rêve, celui de traverser l’Europe à pied, du Sud vers le Nord, soit environ 15 000 kilomètres ces 3 dernières années.

Alors David c’est un ancien banquier de métier, et il a réalisé la 1ere partie de son voyage dans le cadre d’un congé sabbatique. Le principe du congé sabbatique, c’est qu’ensuite on revient dans l’entreprise. Mais David en a finalement décidé autrement.

Son ancienne vie ne lui convenait plus, il a donc décidé de quitter son job pour vivre de sa passion en proposant de formations de préparation à la randonnée sur son blog. Un changement de vie radical qu’il nous raconte dans un épisode de Chroniques d’un Changement de Vie – Le PodCast qui est déjà disponible, et que je vous invite vivement à écouter.

Cette traversée de l’Europe s’est faite en 3 étapes, la première se passe en 2017 où il est parti de Faro, au sud du Portugal, pour longer toute la côte. Puis la côte Espagnole jusqu’aux Pyrénées, traversés dans la longueur pour finalement rejoindre Paris 6 mois plus tard.

En 2018, il se professionnalise sur les sentiers de montagne, et d’autres GR en Europe. Il finit son périple en 2019 en partant de Paris et en atteignant Cap Nord, en Norvège.

Lors de notre échange, David nous explique comment lui est venu l’idée de ce voyage, comment il prépare ses périples, comment il les a vécus, comment il gère le retour à la civilisation après n’avoir croisé que très peu de monde en plusieurs mois. Bref, un échange passionnant qui donne envie de chausser ses chaussures de randonnée et de partir sur les sentiers.

J’espère que cette interview vous plaira, et si c’est le cas, n’hésitez pas à laisser un commentaire 😉

Rosanne : Bonjour David, merci d’avoir accepté ma seconde invitation.

David : Bonjour Rosanne, avec plaisir.

R : On se retrouve aujourd’hui dans 50NDS pour parler de ta passion, la randonnée, après avoir réalisé un premier épisode dans Chroniques d’un Changement de Vie.

Je t’ai découvert sur les réseaux sociaux sous le nom de « Le Banquier Randonneur », qui résume très bien les 2 aspects de ta vie. Une première vie en temps que banquier, et une seconde que tu vis actuellement, où tu es formateur en randonnée après avoir marché pas moins de 15 000 km. Dans l’épisode CCV on revient sur ce changement de vie, ce parcours que tu as fait dans ta tête pour en arriver à cette décision. Et aujourd’hui dans 50NDS je voudrais vraiment parler de ta passion, la randonnée et de parler de ton périple qui s’est réparti sur les 3 dernières années .

Alors, pour commencer, j’aimerais savoir si tu as toujours eu le goût de la randonnée ?

D : Oui, la randonnée, la nature, j’ai toujours adoré çà. Si tu veux je suis né dans un village de 50 habitants, sur la frontière entre la Champagne et la Bourgogne, quelques maisons perdues au fonds d’une vallée entouré par le champs et les bois. Donc aller dans la nature çà a toujours été un grand plaisir, et une possibilité. Car j’ai eu cette chance quand j’étais petit. Je passais le plus clair de mon temps dans le jardin de mes parents. Adolescent, j’allais avec mes copains faire des cabanes dans les bois. Après je suis allé faire les scouts. Et quand j’ai commencé à travailler vers 19 ans, j’ai commencé à faire de la randonnée. Au début c’étaient juste de petites balades, après un week-end, puis un week-end de 3 jours. Et avant de partir marcher vraiment beaucoup je n’avais pas fait plus d’une semaine de randonnée.

R : Qu’avais-tu fais comme type de rando ? Tu restais en France ?

D : Oui, j’ai commencé autours de chez moi. A l’époque j’habitais entre la Champagne et la Bourgogne. Donc j’ai par exemple traversé le Morvan, fait le tour des lacs de la forêt d’Orient, etc…

R : Et préparais-tu tes périples ou partais-tu la fleur au fusil ?

D : Ouai… au début je partais vraiment la fleur au fusil.

R : Tu travaillais à l’époque dans la banque, où tu es resté 7 ans avec un parcours assez classique comme on en parle dans l’épisode de CCV. Revenons rapidement sur le fait que tu as demandé un congé sabbatique lorsque tu as senti que tu étais arrivé au bout d’un cycle dans ton job et dans ta vie personnelle également, pour partir marcher 6 mois. Tu décides à l’époque de faire « FrancIbéria », peux-tu nous en parler ? C’est quoi ? Pourquoi ce choix ?

D : « FrancIbéria » : France et Ibéria, j’allais donc traverser toute l’Ibérie (Portugal et Espagne) puis la France. A l’époque, je savais que je voulais partir marcher 6 mois. Et donc j’ai pris un papier et un crayon, et j’ai mis tous mes rêves de randonnée, sans aucunes limites. Vraiment comme un BrainStorming.

Et je me suis rendu compte qu’il me fallait toute une vie… sauf que je n’avais que 6 mois devant moi, donc j’ai condensé les choses qui n’étaient pas trop loin pour faire un parcours d’un seul tenant, car il n’était pas question pour moi de reprendre des moyens de transport. Juste partir quelque part, et marcher 6 mois avec mes jambes.

R : Revenir à ton point de départ par exemple ?

D : En gros, c’est çà. Il y avait plusieurs destination qui me tentaient beaucoup, notamment en Europe. Avant de partir à la découverte du monde entier, je voulais connaitre, traverser mon continent. Celui qui m’a vu naître : l’Europe.

Commencer en partant du sud s’était sympa parce que techniquement, même si je ne le savais pas encore, c’est plus facile parce qu’il fait plus chaud, quand même. Pour avoir traversé la Norvège récemment… j’ai eu quelques épisodes un peu frais. (rires) Du coup çà c’est très bien goupiller en commençant par le sud.

En gros je prends un avion à Paris, j’atterri à Faro. Ca met 2 heures à 800 km/h, et j’ai mis 6 mois pour revenir.

R : A quelle période de l’année es-tu parti ?

D : Je suis parti le 4 avril 2017. Je me souviens qu’il faisait -4°C le matin en Bourgogne. Je grattais ma bagnole tous les matins avant de partir au boulot. J’arrive à Faro : il fait 40°C… 44°C d’amplitude thermique en 24h !  Tu sais j’ai beaucoup vécu en climat continental en France. Avec du -5°C, -10°C par épisode tous les hivers. Et là arrivé à du +40°C, température à laquelle je n’étais pas du tout habitué… Wouh ! au début ça déménage.

R : En termes d’équipement ?

D : J’avais quand même anticipé. Je suis parti limite-limite dans la grisailles de Beauvais, et suis arrivé suffisamment peu habillé pour ne pas avoir trop chaud là-bas.

R : Donc le départ c’était le Portugal, et l’arrivée ?

D : Paris. A FrancIbéria, j’ai d’abord longé toute la côte Portugaise, puis l’Espagne. Ensuite la grande traversée des Pyrénées, un petit bout de méditerranée, et hop, on repart plein nord, vers Notre-Dame de Paris. Je trouvais qu’elle ferai une belle ligne d’arrivée. En dans cette traversée de l’Europe, il y a avait des endroits où je voulais absolument passer. Comme Saint-Jacques de Compostelle par exemple. Pour beaucoup de marcheurs, quelque soit l’idée, la foi, ou la motivation qui nous pousse à partir… pour beaucoup d’entre nous Saint Jacques est une destination mythique.

J’habitais juste à côté de Vézelay, qui est un endroit extraordinaire, donc je voulais aussi passer par-là pendant mon retour. Vézelay c’est la colline éternelle en Bourgogne, un anicien oppidum sur lequel est bâti une ville, une sorte de petite Carcassonne, à son échelle. Elle est magnifique, et j’habitais à 15km.

Partir de chez soi, c’est un rêve pour beaucoup de randonneur. Le truc… c’est que partir de chez moi par -4°C… c’est froid. J’ai donc choisi de repasser par chez moi au retour, en plein été.

Au début, je pensais partir faire un Paris – Faro. Et bien j’ai fait l’inverse. Cela m’a permis de traverser le Portugal au printemps quand il ne fait pas encore trop chaud. Juste +40°C (rires)… en 2017 on a eu le printemps le plus chaud du siècle. J’ai pu traverser l’Espagne du Nord l’été et ainsi éviter les énormes incendie de feu de forêts portugais. Enfin, j’ai évité de traverser le nord de la France en plein hiver avec du -4°C, avec de la pluie et neige fondue tous les jours.

R : Bien sûr. Tu es parti en ayant préparé ce FrancIbéria ? D’ailleurs existait-il déjà ?

D : Non, je l’ai créé moi-même. J’avais mon rêve, et j’ai pris des bouts de chemin par-ci par-là… parfois j’ai marché, et il n’y avait pas de chemin du tout. Tout ça pour faire l’itinéraire de mon rêve. FrancIbéria est un nom que j’ai inventé, je trouve que çà fait joli.

R : c’est vrai.. ça fait un joli nom de rando. Tu es parti seul David, est-ce une volonté de ta part ?

D : C’était tout à fait une volonté, c’est-à-dire que quand je suis parti, comme nous en avons parlé lors de notre épisode précédent, rien n’allait dans ma vie. J’ai quitté mon travail, ma compagne, ma maison que j’ai mise en vente. Donc partir seul était important pour moi. Déjà, c’est une partie du jeu. Mais ça : à la limite, je ne le savais pas encore.

De nature solitaire, j’avais ressenti l’appel de la solitude. De plus, j’avais fait une overdose de relations humaines normées par notre monde. C’est-à-dire que je suis banquier, je suis en costard cravate. Tu rentres dans mon bureau Rosanne : tu en ressors après avoir signé un contrat, ou tu ne repart pas. (rires) Il y a avait toujours quelque chose d’intéressé, de commercial derrière chaque interaction humaine. Il faut te vendre auprès de tes clients. Te vendre auprès de ta hiérarchie. Te vendre à tes collègues… Vendre, vendre, se vendre et calculer en permanence. Après cela je voulais partir seul.

D’abord ça m’a permis de me retrouver moi-même. Vraiment le qui-je-suis, pas un masque de banquier, un masque d’étudiant ou je ne sais pas quoi. Juste moi. En me retrouvant moi-même, j’ai pu me reconnecter à autre chose, que l’on peut appeler… l’univers, ou tout autre mot que l’on souhaite poser dessus. Et une fois reconnecté à cela,  ça m’a permis de retrouver une relation saine avec l’autre. Quand je croise des randonneurs, j’évite de leur vendre des contrats d’assurance vie…

R : ça pourrait les dérouter… Tu es parti seul pour te retrouver, est-ce que c’était ton objectif ? Avais-tu d’autres objectifs comme par exemple « Vivre ton rêve » ? Dans une récente interview, Antoine me confiait qu’il était parti sans attentes particulières. Et toi, avais-tu des questions auxquelles tu cherchais des réponses ?

D : C’est une excellente question Rosanne… et je me la suis jamais posée ! Je vais essayer d’y répondre pour toi aujourd’hui. Avec le recul que j’ai maintenant, je suis parti pour plusieurs choses.

En trame de fonds, j’avais effectivement un rêve. J’adore marcher. J’adore la nature. Donc je voulais partir marcher 6 mois tout seul dans la nature, tout simplement. Et quand qu’à faire, autant traverser l’europe. En vrai, 6 mois pour traverser ce continent c’est trop court. Je me suis donc dit que ce n’est pas grave, que je vais d’abord traverser sa partie la plus ensoleillée au sud, et on verra plus tard pour la suite. Et c’est exactement ce qui s’est passé 2 ans plus tard.

Il y a aussi le fait de vouloir couper complètement avec mon passé.

Et il y a mon petit côté challenger sportif. « Je suis un ouf, je vais marcher 5 000 km ».

R : OK, et as-tu réussi ces objectif de te couper et te challenger ?

D : Oh oui, complètement. J’en ai chié. Je n’avais pas imaginé à quel point ce serai dur ce que j’ai fait. D’abord sur l’aspect de la difficulté physique. En plus, étant parti en mode challenger, je n’étais pas du tout à l’écoute de mon propre corps. Je suis même partis en pleine rémission de tendinite du genou…

R : Tu faisais du sport ?

D : Oui, à l’époque j’étais pressé. Donc je courais. Je faisais du trail, au format semi-marathon, donc je faisais 3-4 sorties d’entrainement par semaine. Mais maintenant que j’ai du temps je marche. D’ailleurs, je me suis bien retrouvé dans ce rythme de la marche. Quand tu marches, tu es à 4 km/h. Ce n’est pas spectaculaire, ni exceptionnel, mais le but du jeu c’est de marcher longtemps tous les jours en portant un sac lourd. Il peut faire12, 15, 20 kilos en fonction de la distance qu’il y a entre deux points de ravitaillement, car il faut porter son eau et sa nourriture bien sûr.

Physiquement, le plus dur que j’ai ressenti c’est la température. Ca a été le premier choc. Le petit Bourguignon qui part de chez lui à -4C° et qui débarque à Faro à 40°C : çà c’est très dur. Ca te fait des coups de soleil sur l’intégralité du corps. Tu pèles de partout, ça fait mal… je ne sais pas si tu as déjà eu des coups de soleil sur les oreilles ou le petit bout du nez… aïe aïe aïe. En plus quand tu souris ou rigoles, çà plisse la peau… hé ben là tu n’as plus du tout envire de rigoler ! Tu ne bouges plus ton visage, sinon tu pleures. Et les coups de soleil c’est le début… après il y a les insolations… Les vraies insolations avec vomissements, diarrhées, fièvres, fièvres délirantes… au début je me suis vraiment fait cogner fort par ce soleil. Surtout le premier mois, au Portugal.

L’avantage c’est que ça te remet les pieds sur Terre. Tu es cramé de partout, à tel point que en début d’après-midi, quand le soleil tape le plus fort… ça te fait mal même à travers tes vêtements ! Ca fait mal, mais bon… ça c’est une Loi de l’Univers. Et il faut s’accoutumer au rythme du soleil. En clair, tu te lèves de plus en plus tôt, pour partir à la fraîche, puis carrément de nuit afin d’éviter les grosses chaleurs insupportables de l’après-midi.

Au début j’avais gardé mon rythme de vie de sédentaire, citadin, tertiarisé.

R : (rires) Horaires de bureau, randonnée de 9h à 17h haha !

D : Exactement ! Sauf qu’au Portugal, après 14h… tu crèves sous le soleil ! Donc j’ai commencé à me lever à 6h. Puis 5h, enfin 3-4h pour partir de nuit, ce qui était beaucoup plus faisable pour moi. La chaleur a donc la première difficulté physique.

Ensuite, je ne te cache pas que les kilomètres… partir marcher 5 000 km sans préparation physique, ça fait mal. La tendinite m’ayant privé de mon entrainement pré-départ. Donc au début c’est dur.

R : Combien de kilomètre par jour faisais-tu ?

D : En moyenne, 28 km par jours. Avec un sac à dos qui représente 12 ou 15kg. Après, j’ai mis 3 mois à traverser le Portugal et l’Espagne, 3 mois d’entrainement de marche avant d’arriver au pied des Pyrénées. Pyrénées que j’ai traversées dans le sens de la longueur, sur le fameux GR10 (de l’Atlantique à la méditerranée). Ca a été aussi dur physiquement. Au tout début je marchais 15km par jour. Puis 20, 25, enfin plus de 30 km une fois bien lancé sur le Saint Jacques de Compostelle. Là je me dis « ça y est, je suis devenu un vrai randonneur ! Je marche mes 35km par jour ». Et là je rencontre les Pyrénées… là, tu rencontres l’humilité ! Le GR10 : 900km et 55 000 m de D+. Donc à son début, tu recommences à faire des journées à seulement 15km ! Mais bon, en montagne c’est 15 km plus les 500, 800, 1000 voire 1500m de dénivelé positif, donc au final çà fait une belle journée dans les jambes. Cependant quand ton corps n’est pas accoutumé à la marche en montagne, ça te fait tout drôle. Quand tu te couches le soir, tu es mort ! Voilà, çà c’est l’apprentissage de la montagne.

Ca, c’était pour la difficulté physique. Il y a eu aussi certaines difficultés psychologiques, liées notamment à mon changement de vie dont nous avons parlé dans le 1er PodCast.

Au début de ma vie, j’étais un gentil petit garçon avec une bonne éducation qui a toujours fait ce qu’on lui demandait.  Après je suis allé à l’école ou j’étais un bon élève, après je suis allé au travail où j’étais un bon salarié… du coup je deviens complètement libre. Sans aucunes contraintes extérieures. Et en fait la liberté… je ne savais à quel point cela fait flipper ! Ca fait peur, mais vraiment d’une peur viscérale ! J’en faisais des cauchemards toutes les nuits. Pendant près d’un mois, c’était cauchemard sur cauchemard.

R : Cà parait dingue d’entendre que la liberté… c’est presque l’enfer !?

D : Hé oui, au début. Chez moi, et ce doit être très personnel, cela se matérialisait par l’eau. D’ailleurs selon les spécialistes de l’interprétation des rêves, l’eau symbolise la liberté, ce qui va avec sortir du contrôle pour aller dans le lâcher prise.

Donc au début de mon aventure, le vent m’hurlait dans les oreilles souvent toute la journée en marchant le long de l’Océan. Ainsi que le roulement des vagues. Tous les jours sur plus de 2000 kilomètres… Et toutes les nuits je rêvais d’un raz-de-marée. Un énorme tsunami que l’océan envoyait pour m’engloutir ! Je le fuyais en courant, courant, « non, je ne veux pas rentrer dans l’eau ! », je veux garder le contrôle ! Et le jour où j’ai accepté le lâcher prise, accepter que l’océan vienne me prendre dans mes rêves… j’ai accepté d’être immergé dans l’océan infini du lâcher prise. Pfiouuu…

R : Tu es vraiment passé d’une vie très contrôlée, très normée à… peut être presque « trop » d’espace ?

D : Trop d’un coup en tout cas. Je suis passé de 0 à 100% de liberté d’un claquement de doigt. Et ce, sans m’y être préparé alors au début ça fait un peu mal.

R : 100% de liberté, cependant au début de ton voyage tu pars en congé sabbatique…

D : Oui, j’étais en liberté conditionnelle… (rires)

R : Haha, c’est une belle façon de le dire. En liberté conditionnelle pour 6 mois, et comment gères-tu cela ?

D : J’ai fait le travail de bien séparer les choses dans ma tête. J’ai 6 mois de congé sabbatique. Il faut que je fasse la démarche d’envoyer 2 mois avant la fin un préavis pour prévenir de mon intention de revenir ou non. Donc j’ai 3-4 mois de liberté totale, et dans mon agenda j’ai mis une alarme, pour tel jour, contacter ma RH.

R : Très bien. Tu es donc en train de traverser les Pyrénées quand il faut prévenir ton employeur.

D : Exactement. Et en montagne tu sais, à partir, de 1000 ou 1500m d’altitude tu ne captes plus. Donc un jour, après 3-4 jours en pleine montagne, je redescend dans la vallée et je vois ce rappel sur mon téléphone. Donc j’appelle mon GRH : « Bonjour Monsieur Giraud : je ne reviendrai pas ». C’était irréel ! Evidemment que je ne reviendrait pas ! J’étais au beau milieu des Pyrénées, libre, entouré de belles montagnes, cela n’avait absolument plus le moindre sens d’y retourner. C’était une évidence. Alors il tente : « Mais si Mr Blondeau, j’ai un super poste à vous proposer et nanani et nanana… ». Non.

R : Donc quand tu raccroches, tu sais que tu as le temps que tu souhaites pour finir ton voyage.

D : Je sais que j’ai le temps que je souhaite. Mais cela ne change rien. Dans ma tête, je me suis fixé 6 mois pour faire mes 5000 km, et je vais la faire dans les temps. Bien que je ne revienne pas dans ma vie d’avant, j’ai besoin de construire ma vie d’après.

R : De façon plus matérielle, comment faisais-tu pour dormir ? Est-ce que cela s’est bien passé ?

D : Et bien je pars seul, en autonomie complète. Donc je porte ma tente, et je la plante quand le soleil se couche. Le côté « dormir seul dans la forêt » çà c’est bien passé globalement. Au début c’était un petit peu compliqué au Portugal car il y a beaucoup de promotion immobilière en Algarve. Donc c’était du bivouac sauvage péri-urbain, à planter ma tente dans les jardins de pavillons en construction… et j’ai aussi fait quelque camping, pour y aller progressivement. Notamment au tout début, pour m’offrir la sécurité et… une douche chaude une fois de temps en temps. Puis, je suis allé vers 100% d’autonomie. Là, tu ne peux compter que sur toi pour porter et trouver ta nourriture et ton eau, porter ta tente, choisir ton emplacement de bivouac…

R : Et dans les Pyrénées ?

D : Là on commence à se retrouver bien seul dans la nature. Au début on appréhende… dormir tout seul ? Dans la forêt ou la montagne ? Au pire, la première nuit tu fais une nuit blanche… et puis la deuxième, mort de fatigue, tu dors comme un bébé. Et ça vient très vite !

Concernant les rencontres à éviter… ce sont les rencontres avec des humains. Parce qu’en europe, il y a peu d’animaux dangereux pour les humains. Et les humains, en se cachant bien on les évite facilement.

R : Ensuite tu remontes jusqu’à Notre Dame de Paris. Et tu avais prévu, après ton arrivée, une période de « réadaptation sociale et civilisationnelle ». Tu partais de ta vie de banquier ou tu recevais des clients à longueur de journée dans ton bureau, pour arriver à cette vie de randonneur solitaire ou tu te caches des humains… Paris ? Est-ce que tu peux nous parler de ton arrivée à Paris ?

D : Du coup, ça, ça te fait de la réadaptation sociale et civilisationnelle un peu rapide ! Parce que la traversée de la France par les itinéraire que j’ai pris, en évitant les villes était assez déserte. Je n’y ai vu personne dans la campagne ! Avec des endroits très nature comme la traversée du Forez ou du Morvan. .. il n’y a vraiment personne. En plus on était au moins de septembre, tard en saison, donc je n’ai croisé que 4 pèlerins sur les sentiers. 4 pèlerins entre le Puy en Velay et Paris… c’est pas énorme. (rires) Et là, tu arrives à Paris.

Alors là, la première horreur quand tu t’approches d’une ville : le bruit. Le bruit insupportable des moteurs à explosion. Parce que quand tu marches seul 6 mois dans la nature, tu redeviens un peu un animal, tes sens s’aiguisent à nouveau. Et je comprends tout à fait les animaux qui partent en courant quand on passe avec une voiture dans leur bois. Donc traversé une simple route, c’est déjà une horreur. Alors arriver dans une ville ! C’est un choc pour les oreilles, à t’en briser les tympans.

Imagines-toi, habitué à entendre le coulis de l’eau le long des rivières, le bruissements des feuilles dans les arbres, à entendre un battement d’aile de moineaux à 15 mètres. Et là : tu arrives à Paris… Embouteillages, klaxons, moteurs à explosion, le gros kéké qui fait péter les tour de sa grosse voiture… Wahou ! Ca fait très mal aux oreilles pour commencer.

Ensuite tu as la vue ! Tu sors de la Montagne, avec ses vallées, ses rivières, tout était beau dans la forêt. Et là tu arrives devant des bâtiments gris dégueulasses partout.

Ca pu ! Ca pu la merde partout, le diesel froid des embouteillages…

Donc tout tes sens sont inondés de choses pas agréable alors qu’ils étaient justement au calme dans la nature. Pour une fois dans ta vie. Et après il y a toute la vie grouillante et puante partout… ça fait un peu bizarre de dire cela mais : il y a des humains partout ! Parce que depuis un mois, à part des employés de commerce et 4 pèlerins, je n’ai vu personne. Tous ses humains partout, agités, pressés, avec la tête triste… déjà tu marches au bord de la route, et tu vois les conducteurs de voitures coincés dans leur embouteillage le matin pour aller à leur boulot. Ca se voit à leur tête qu’ils n’y vont que pour payer leur loyer et leurs factures. Tout le monde est triste, tout le monde fait la gueule !

Ca c’est ce que nous parlions au premier épisode. Tu es sur ton petit nuage après avoir vécu cette expérience extraordinaire. Puis tu reviens dans la civilisation où… RIEN n’a changé. Et les gens sont toujours aussi malheureux. Voilà…

Alors après l’arrivée à Paris c’est rigolo parce que j’ai fait mon dernier « bivouac sauvage » à Paris, le long de la seine. Entre un camp de manouche et un camp de clochards sous un pont, pas trop loin d’un bande de pêcheurs. Je me suis bien planqué pour ne pas être trouvé, c’était un peu border line. Puis le lendemain midi, arrivé à Notre Dame de Paris. Tu as pensé à elle, à ta ligne d’arrivée pendant 6 mois, 180 jours à marcher tous les jours, tout seul, et là : tu y arrives. C’est une moment extraordinaire.

R : Un moment que tu avais visualisé ?

D : Bien sûr. Tous les jours je visualise ma ligne d’arrivée. Quand je marche le matin, je me vois, arrivé sur le parvis de Notre Dame. Je me vois vraiment, avec mon sac à dos, mes chaussures. Et je me dis « ça y est je l’ai fait, j’ai marché mes 5000 km en 6 mois ». Au début ce n’est pas forcément une évidence. Puis, plus les jours passe, plus çà le devient.

R : Instinct ou technique de visualisation mentale, connue dans la préparation des sportifs ?

D : J’en avais un peu entendu parlé dans le cadre du développement personnel. Et j’en avais aussi entendu parlé dans le cadre de mes lectures assidues de Mike Horn, l’aventurier. Quand il part faire le tour du monde sur le cercle polaire articque, il dit que tous les jours il s’imagine arrivé sur sa ligne d’arrivée. Il déclare même que cela l’aide à y arriver. Et c’est vrai : çà aide.

R : C’est vrai. Tu franchis la porte de Notre Dame de Paris : qu’est-ce qu’il se passe ?

C’est très émouvant. Vraiment très émouvant parce que pendant 6 mois tu n’as pensé qu’à ce moment, et ça y est : tu y es. Wahoo. D’un côté c’est une immense victoire, un aboutissement, avec une grande leçon. En gros : « quand on veut on peut » . Il suffit juste de s’en donner les moyens. Et de l’autre côté, comme une grand vide. Pour la première fois depuis 6 mois, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire maintenant. Dans cet « après ».

R : Une grande leçon ?

D : Quelques soient tes rêves dans la vie, que ce soit traversé un continent à pied, créer ton entreprise, séduire l’homme ou la femme de ta vie, aller sur la Lune… il suffit d’y aller, de tout donner, tous les jours, jusqu’à temps que ce rêve devienne réalité.

C’est ce que je me suis prouvé lors de ce premier voyage.

R : Maintenant que tu as appelé les services RH pour dire « Non, je ne reviendrais pas »… d’ailleurs ce passage est très amusant parce qu’il me semble que tu as tout tenté : demande de sponsoring, demande de rupture conventionnelle, pour finalement partir sur une simple démission. Tu décides de lancer ton activité de formation en randonnée pour transmettre cette passion. On trouvera plus d’infos juste ici :

Finalement, tu te rends compte que c’est peut-être une réponse à tous ces gens qui semblent tristes ? Tu ne t’arrêtes pas là, et en parallèle de lancer ton entreprise, tu repars en 2018 faire des GR de haute montagne.

D : En fait la trame de fonds était quand même de finir ma traversée de l’Europe. J’étais parti de Faro, l’extrême sud-ouest de l’europe, et je voulais aller à l’extrême nord : Cap nord. Cependant, en revenant à la civilisation, j’ai recommencé à avoir une vie sociale, relationnelle, émotionnelle épanouissante, et je me suis trouvé une copine. Quand est arrivé la belle saison, j’étais heureux avec elle et je ne voulais pas repartir, pour simplement vivre mon histoire d’amour. Donc je suis reparti faire juste de « petites marches ». Par exemple, je suis parti traversé l’Ecosse 3 fois en Kilt (rires) au printemps pour l’échauffement.

Puis j’avais un projet de tentative d’ascension du Mont Blanc avec un ami alpiniste, Damien Lecouvey, et une cordée de 4 compères. Mais en fait, les compagnons de cordée se sont tous blessés durant la phase de préparation. Tous. Et j’apprends cette nouvelle à Chamonix, la veille de débuter mon entraiment d’alpinisme. Damien m’appelle et me dit « David, je sors juste de l’hôpital suite à un petit pépin de santé, pas de mont Blanc pour moi pour le moment ». On devait être 4 au début. Un premier se blesse la hanche. Encore 3. Un autre se blesse le genou : plus que 2. Et la veille du départ, je me retrouve tout seul face au Mont Blanc. Alors je me suis dit que c’est peut être un message de la montagne. Tu sais avec les années j’apprends de mieux en mieux à écouter l’univers. Et il a peut-être voulu me dire : « Le Mont Blanc, ce n’est pas pour toi ». Du moins pas cette année.

J’ai quand même fait le Tour du Mont Blanc, une petite balade de 180km vraiment superbe. Tu vois le géant et son massif sous tous les angles. J’ai traversé les Alpes sur le GR5 du Lac Léman jusqu’à la méditerranée. Puis j’ai enchainer en traversant la Corse sur le fameux GR20, le GR dit « le plus difficile d’europe ». Effectivement, il mérite sa réputation. Mais il vaut le coup, c’est magnifique.

R : Tu dis de « petits voyages », mais ce sont quand même des portions de 180 à 600 km à chaque fois ? Ca te prends combien de temps ?

D : Cà dépend. J’ai fait le GR20 en 7 jours, la traversée des Alpes en 18 jours,  le Tour du Mont Blanc en 5 jours, 440km à travers l’Ecosse en 12 jours… Ce sont de belles performance, surtout enchaînées les unes après les autres. Mais tu sais la deuxième année je ne suis pas reparti marcher 5000km. Je voulais m’éclater quand même, avec quelque chose de très intense. Là je suis clairement dans une optique de challenger.

R : Hé oui. Le Tour du Mont Blanc fait partie des choses que j’aimerai beaucoup faire, et on entend que pour le faire tranquillement, il faut plutôt 7-10 jours.

D : Tout à fait, il est en 14 étapes, donc 14 jours. 7 jours c’est faisable quand on est en forme. 5 jours, j’avoue que j’y suis allé comme un bourrin. En moyenne, çà fait des journée à 35 km et 1800m de D+, ce qui fait un équivalent flat à 53 km. Le tout en haute montagne, avec des terrains un peu techniques, de très fort dénivelés, et avec l’altitude… 20% d’oxygène en moins. Les premiers jours ça peut être un peu difficile.

R : Quelle est ton optique quand tu pars faire tous ces GR ? A FrancIbéria tu avais des questions sans réponses, mais là qu’est-ce que tu vas chercher ?

D : Et bien là je vais chercher 2 choses. Il y a d’abord le côté sportif. FrancIbéria, j’ai marché 5000km en 6 mois, c’est bien, mais… d’un point de vue performance je peux faire mieux. Cà c’est le côté challenger sportif. Donc cette fois-ci je veux me prouver que je suis fort, et faire une très belle performance sportive.

La deuxième chose, c’était que j’étais en train de développer mon activité de formateur en randonnée. Mon idée était de faire tous les plus beaux GR, puis d’en faire une formation vidéo spécifique pour aider les randonneurs et les trekker dans leur préparation. Aujourd’hui sur mon site tu retrouves la formation GR20, la formation GR5, GR10, TMB, l’Ecosse et Saint Jacques de Compostelle. C’était une professionnalisation. Je ne parle que de ce que je connais. Donc je ne me voyais pas aider les autres à préparer un GR que je n’ai pas fait moi-même ! C’est hors de question pour moi.

R : Et as-tu appris des choses sur tous ces GR ?

D : Oh oui, bien sûr. J’ai fait beaucoup de haute montagne en y étant préparé. Donc j’ai vu sur moi-même la différence d’en faire avec et sans préparation. J’ai donc vu ce que valent mes programmes de préparation physique sur le terrain. En terme de performance, de diminution des blessures, et de confort.

R : Comment te prépares-tu ?

D : C’est de l’entrainement spécifique à la randonnée. Premièrement, on va faire de la randonnée, en maximisant les dénivelés dans la phase d’entrainement et en augmentant progressivement mon poids de sac, jusqu’à ce qu’il soit plus lourd qu’en expédition. Par exemple, si mon sac pour partir faire mon GR5 fait 12kg, et bien je vais le charger à 18kg à l’entrainement. Soit une fois et demi plus lourd. Donc c’est une fois et demi plus dur. Mon entrainement est plus dur que l’aventure. De cette façon quand je pars j’ai l’impression que c’est facile. Quand j’ai enchaîner sans pauses le GR5, le TMB et le GR20, c’était plus facile que mon entrainement intensif !

Ensuite, on va faire du renforcement musculaire pour préparer les muscles spécifiquement là où il y en a besoin.

Enfin, du cardio avec en plus des sessions de HIT (High Intensity Training) ou on monte très fort le cœur.

Je me suis créé mon programme d’entrainement sur-mesure, et je conseille aux membres de mes formations de le pratiquer 3 mois avant de partir pour être au top pour le départ. Avec plusieurs niveaux de difficulté bien sûr.

A mon niveau, je pratique 5 à 6 sessions de sport par semaine, avec une discipline spartiate, et ça paye. On voit la différence sur les sentiers. La différence entre un randonneur préparé qui arrive au sommet d’un col à 2750 mètres d’altitude… et le randonneurs non-préparés haletants, essoufflés, parfois au bout de leur vie. Il m’est déjà arrivé, en atteignant un col, de me dire « c’est tout ? c’est déjà fini ? » après avoir mangé 1000 ou 1500m de D+ d’un seul tenant ! Quand tu t’es construit ce physique, tu as la possibilité de jouir du paysage qui s’étend, devant toi. Sans avoir à se concentrer sur la difficulté, la douleur, le souffle court…

Donc une bonne préparation physique boost les performances, mais aussi la qualité de vie une fois sur le sentier. Moi je n’ai pas trop souffert de cardio, de courbatures… en fait je n’ai pas trop souffert physiquement. Surtout pour des GR qui sont réputés très durs.

R : Tu avais donc plus souffert lors de ton premier périple, duquel tu as tiré des enseignements ?

D : Oui, exactement.

R : Cà s’était en 2018. Et en 2019 ?

D : Hé bien en 2019, on finit ce que l’on a commencé !

R : Ah oui, donc tu avais toujours cette idée derrière la tête de continuer ta traversée de l’europe. En fait, quelque part, Cap Nord était resté ton objectif ?

D : Quelque part, oui. Pour moi traverser l’europe c’est d’un extrême à un autre. Et pour un extrême, Cap Nord il n’y a pas mieux. C’est le point le plus au nord de l’europe. Tout au nord de la Norvège. Après, c’est le pôle nord, il n’y a plus rien…

R : Donc en 2019, tu te lances dans cette aventure là. Tu parlais tout à l’heure de ton amie que tu ne voulais pas laisser en partant pour un long périple ?

D : Finalement nous nous sommes séparés avec cette amie. Et effectivement, en 2019 je repars seul, mais sans briser quelque chose.

R : Ah oui, c’était aussi une fin de cycle. Alors tu repars, tu t’es fait toi-même ton itinéraire à nouveau ?

D : Oui (rires). Tu sais je n’aime pas les solutions clefs en main ! Moi j’ai un rêve. Qu’est-ce qui existe déjà ? Et là je colle des bouts. Le jour où je suis partis de Paris pour aller à Cap Nord à pied, je savais où j’allais marcher jusqu’à Bruxelles, sur 300km. Mais les 4700km suivants je n’avais qu’une vague idée d’où j’allais passer.

R : Excuses-moi, pour être sûr de bien comprendre. Tu dis que tu ne sais pas par où tu passes en partant faire ta randonnée, et que au fur et à mesure que tu cales ton parcours ?

D : Avec un petit bémol quand même. La traversée de la Scandinavie c’est un petit peu plus hard. On est haut en latitude, parfois haut en altitude. Là-haut quand il fait froid ça ne rigole pas. Donc je ne pouvais pas me permettre d’improvisation. Surtout que plus tu montes vers le Nord, moins tu as de ravitaillement. Donc la traversée de la Scandinavie je l’avais préparée. Je savais que j’allais prendre le E1 (European Number 1), le sentier de randonnée européen n°1 qui traverse toute la péninsule sur 3000km.

Mais entre Bruxelles et la Suède, il y a une paire de kilomètres où je ne savais pas par où j’allais passer.

Donc je pars en avril ou mai 2019, et je me donne 6 mois. En vérité, je sens qu’il faut que j’arrive à Cap Nord avant que l’hiver n’arrive. Et là-haut, l’hiver arrive très vite. Il me faudra donc atteindre Cap Nord le plus tôt possible. Vu comme j’étais parti, j’allais probablement arriver fin septembre au Cap. J’avais une petite appréhension là-dessus. Et plus le temps passait, plus je me disait « merde, quand je regarde les relevés météo à fin septembre, c’est neige et gelée ! » Déjà ! J’étais un peu short. Donc après avoir traversé la France, la Belgique, la Hollande, j’arrive en Allemagne et je prends la décision de prendre un moyen de transport pour accélérer ma remontée vers le Nord. Et donc ma redescente, avant que l’hiver ne tombe. Donc je traverse l’Allemagne et le Danemark avec un train. Je pourrai ensuite traverser la Scandinavie à pied, et reviendrai faire à pieds tout ce que j’aurai fait en train. De cette façon je ferai tout le parcours à pied, ce qui était mon objectif.

C’est ce que j’ai fait. J’arrive près d’une grosse ville, je vais à la gare, « Bonjour je veux aller en Suède » , « OK, il y a un train cet après-midi ». C’est parti, je prends ce train, je débarque en Suède et je commence la traverser Suède Norvège. En gros je fais 1000km en demi-cercle dans la plaine suédoise, puis je longe la frontière sudéo-norvégienne jusque dans le Grand Nord. Le tout dans la montagnes, les marais et le froid.

R : Hola ! C’est totalement différent de ce que tu as pu connaitre par le passé ?

D : Complètement.

R : Qu’est-ce que tu as appris de ce périple là ?

D : Mmmh… les moustiques pour commencer. Je croyais connaitre les moustiques Rosanne. En fait, je connaissais les moustiques en France, l’été, nanani nanana…  Quand tu vas en Suède et en Norvège, la-haut, c’est une tourbière géante. Toute la plaine n’est qu’un grand maris. Partout. Donc c’est un énorme nid à moustiques. Un jour je passe ma main dans mes cheveux, je regarde la main et je vois… 5 moustiques écrasés. En l’espace d’une seconde. J’ai trouvé ça assez impressionnant. Mais j’ai battu un nouveau record depuis. 30 secondes pus tard je repasse ma main dans mes cheveux : 6 moustiques morts !

R : Je ne sais pas si ça vous fait pareil, mais moi çà me gratte partout là ! (rires) Juste le fait d’en parler.

D : Donc pas mal de moustiques dans les marais. Et dès que l’on monte dans la montagne, il fait plus froid, il y a moins de moustiques. Pareil, dès que le vent de l’océan commence à souffler… plus de moustiques. Donc en fait quand le vent et le froid arrive tu es content, parce qu’au moins les moustiques te foutent la paix. Tu fermes bien ton manteau, et ça passe.

J’ai quand même eu un coup de froid en Norvège. Le début d’été le plus froid depuis qu’il y a une station météo installée à TrondHeim en 1870.

R : Donc tu as eu le printemps le plus chaud du siècle au Portugal, et l’été le plus froid en Norvège !

D : C’est exactement ça. C’est le petit coucou de l’Europe pour moi ! Et un coup de froid çà veut dire des températures très légèrement au-dessus de zéro. Par chance, je n’étais pas très haut en altitude quand il est arrivé. Donc çà fait du 0-5°C avec vent, pluie et neige fondu de face en permanence. Ce qui fait des températures ressenties négatives, plus les orages et la grêle qui arrive par-dessus. A ce moment-là, j’étais un peu short en termes de vêtements. Donc j’ai fait un détour en descendant de la montagne pour aller dans une petite ville chercher du matériel plus adapté. Nouveau poncho, plus gros manteau, etc, pour encaisser les températures, être en confort et clairement… en sécurité. Parce que j’ai eu un moment, disons… limite-limite…

R : Tu dis quand même que ce voyage a été un grand moment de ta vie. EN quel sens ?

D : La Norvège, c’est… un autre monde. Tu arrives là-haut, il fait jours pendant 3 mois. Mais 24h sur 24h puisque tu es en plein été, et le soleil ne se couche plus. Je n’avais jamais connu ça. Tu arrives dans des paysages de natures préservée ou le mot Solitude prend tout son sens. Plus tu montes dans le Nord, moins il y a de gens. Tu es en permanence dans les montagne, les marais, tu traverses des rivières à gué plusieurs fois par jour, tu es tout seul, et tout çà dans l’immensité de la nature. Et çà pendant des mois ! Parce que la Scandinavie c’est quand même 3000km pour la traverser ! Tu as le temps de méditer à ce qu’est la beauté de la nature et tout ça… Et c’est un régal tous les jours.

R : Ca ne te lasse pas ?

D : Non. Jamais.

R : C’est vrai qu’on peut se dire qu’en partant sur pleins de kilomètres comme ça, est-ce qu’au bout d’un moment on ne se lasse pas de toute cette immensité ?

D : Bof. Chaque jours c’est une merveille. Dès que tu passes un col tu découvre une nouvelle vallée aussi merveilleuse que celle d’avant. Donc non, je ne me suis jamais lassé de cela. J’ai marché 15 000 km sur les sentiers d’europe, et je ne me suis jamais lassé. Si çà se trouve, j’ai même hâte d’y repartir !

R : L’arrivée à Cap Nord… tu peux peut-être nous en dire quelque mots ?

D : Oui, alors çà c’est un grand grand moment, parce qu’en fait… c’est complètement inattendue. J’arrive à Cap Nord, donc voilà… 5°C, du brouillard, des rafales de vent à 90km.h. On ne voit rien à 20 mètres. Et avec cette histoire de visualisation, que j’ai évidemment pratiquée aussi pour Paris – Cap Nord. Je me suis dis, dans les derniers kilomètres avant d’arriver. Putain, c’est dingue. J’ai marché 15 000 à travers l’europe pour arriver à ce point là. Et maintenant que j’y suis, en fait, une sorte d’illumination me traverse l’esprit.

Je me dis que Cap Nord en fait, ce n’est pas important. Ce qui est important, ce n’est pas d’arriver à Cap Nord en soi. Il fait moche, il fait froid, il y a du vent, je ne vois rien, non vraiment ce n’est pas important. Ce qui est important, c’est les 15 000 km de chemin que je viens de marcher pour en arriver là. Et c’est ça qui ma tout appris. C’est le chemin qui m’a tout appris, et pas cette destination.

R : Tu as ce flash là en arrivant ? (D : Ouai) Et qu’est-ce que tu en retire ? C’est le chemin qui compte, çà on l’entend souvent que ce n’est pas tant la destination qui compte, mais tout le chemin. Alors qu’est-ce que ces 15 000 km t’ont appris, globalement ?

D : Dans la vie, il faut quand même se fixer une destination pour avoir un Cap à tenir, et quoiqu’il arrive marche vers ce cap. La vie c’est ça en fait. Tout donner pour marcher vers le cap qui t’appelle, et que tu sens t’appeler en toi.

R : Et tu gères les imprévus ? Parce que souvent on dit que l’on a un cap mais est-ce que se fixer un cap et ne pas en déroger, juste avoir un plan que l’on déploie…

D : Je vois où tu veux en venir. C’est LA grande question. Et c’est paradoxal. Il faut avoir un Cap, mais il ne faut pas se fixer mètre après mètre chaque pas que tu vas faire pour l’atteindre. Sans pour autant perdre de vue le Cap qui est au bout.

R : J’ai l’impression que l’on peut retrouver çà dans pas mal d’aspect de la vie. C’est un enseignement que l’on peut mettre en parallèle avec beaucoup de choses. Se fixer un cap, mais le risque étant de passer à côté d’autre choses et d’autres surprises de la vie.

Tu as fait 15 000km de marche, tu es rentré en France en septembre 2019. Quels sont tes projets aujourd’hui ? Tu disais peut être repartir ?

D : Hé bien aujourd’hui, après avoir marché 15 000 km et avoir atteint cette destination, qui, je l’ai appris une fois en arrivant, n’était pas si importante que cela… c’est quand même rigolo… et bien je repars dans une nouvelle aventure. Et cette aventure pour moi c’est créer mon entreprise, pour obtenir ma liberté financière. Générer suffisamment d’argent pour vivre, moi et ma future famille. Donc pour cela il me faut un business qui tourne bien. Et en fait c’est beaucoup plus simple pour moi de marcher 15 000 km seul, dans le froid, la pluie, le vent, tout çà… que de monter sa boîte.

Donc en fait la vraie aventure maintenant pour moi, et qui me permettra d’atteindre la liberté qui est mon cap, et qui a toujours été mon cap pour moi, la trame de ma vie. C’est la liberté. Et conquérir cette liberté en générant suffisamment de moyens financiers pour me l’offrir. Pour moi, cela passe par la voie de l’entreprenariat. Donc au programme, monter ma boîte, la développer.

R : OK, et peut être à moyen-long-termes, une fois cet objectif atteint, un nouveau voyage ?

D : Oui… je ne te cache pas que c’est assez addictif. (rires)

R : Je te propose pour terminer de passer à la rubrique des questions tac au tac. Le principe est de répondre de façon la plus instinctive possible, la première chose qui te vient à l’esprit. Sur ces 15 000 km, si je te demande ton plus beau souvenir ?

D : Et bien… c’est la conclusion de l’arrivée à Cap Nord. C’est que tout ça, y compris l’arrivée à Cap Nord ça ne compte pas. C’est une réponse à une question que je ne m’avais même pas posée, et à laquelle je ne m’attendais absolument pas !

R : Le pire souvenir ?

D : Le pire souvenir…attends j’hésite entre l’insolation à vomir et chier partout pendant une fièvre délirante ; la cuisse empalée sur une branche ; l’ours ; ou l’attaque des chiens errants.. je ne sais pas trop (rires)

R : Dis-nous en un petit peu plus ! L’insolation on en a déjà parlée, la branche dans la cuisse ?

D : Départ de Cap Nord, 4eme jour j’ai fait l’erreur de planter ma tente près d’un terrier de blaireau. Et du coup, elle m’a attaquée la nuit ! Donc j’ai mal dormi, j’ai passé une nuit blanche et le matin je n’étais pas en super-forme, donc en pliant mon campement, je m’empale une branche dans la cuisse. Le bout était pourri, et se casse dans la chaire. Je n’arrive pas à enlever tout les morceaux, je vais voir un pharmacien que me conseille de faire attention et de bien surveiller. Après 4 jours, j’arrive dans un ville, à Maubeuge. Je vais dans une autre pharmacie, et on me dit « non, il faut aller aux urgences Monsieur là, c’est surinfecté, ça ne va pas du tout… ». Alors je me retrouve sur le billard à me faire enlever des bouts de bois pourries enfoncés au fonds de ma cuisse.

R : Gloups, d’accord… et sinon tu parlais d’un ours ?

D : Ouai, ben j’ai rencontré un ours dans les Pyrénées. Et çà c’est passé la nuit, donc il est venu dans mon campement pendant que j’étais en train de dormir… et ça… ça a été le moment le plus terrifiant de ma vie. J’ai eu peur. J’ai eu peur de ne pas me réveiller vivant le lendemain matin si tu veux… Il m’a réveillé à 3h09, il a fait deux fois le tour de ma tente en me reniflant. Qu’est-ce que c’est ce truc là ? J’étais vraiment à l’endroit le plus paumé du GR10, perdu au beau milieu de l’Ariège, dans le territoire des ours. Il y avait des boules de poils, de merdes d’ours partout dans les environs, et c’est un endroit ou la réintroduction de l’ours a super bien marché.

Et alors voilà, moi je pensais que rencontrer un ours c’était un truc super, que çà se passait en pleine journée,  quand il passe à 15 mètres devant toi, sur le chemin, qu’il te fait un petit coucou etc etc… Mais non pas du tout ! Ca se passe en pleine nuit ! Tu es complètement enfoncé dans ton sac de couchage, comme une grosse chenille qui ne peux pas bouger… et il y a un ours qui vient. Là, tu as conscience que, pour une fois, tu n’es pas au sommet de la pyramide alimentaire. Il y a cet ours qui vient, et tu ne sais pas si tu vas continuer à vivre ou si tu vas mourir… Cela ne dépend plus de toi. Cela dépends d’un ours, et de ce qu’il décide de faire. Là tu as un moment de doute…  le temps qu’il prenne sa décision. Finalement, après avoir bien reniflé, et n’a pas trouvé ça intéressant et est reparti. Pfiouu…

R : Tu parlais du fait que tu as été principalement seul… la question : ta plus belle rencontre ?

D : Ooh… et bien quand tu es seul, comme le disait Scipion, « Je ne suis jamais moins seul que lorsque je pars seul ». Parce que dans la solitude, tu n’as pas de cercle social autour de toi donc si tu as envie de rencontrer les gens que tu croise, tu les rencontre. J’ai donc fait énormément de rencontre. Paradoxalement, je n’en avais jamais fais autant dans ma vie, que tout seul sur les sentiers. Et là ça fait des belles histoires, des amis, des amours… de très belles histoires..

R : Alors, la plus belle rencontre ?

D : Ah… la plus belle rencontre… et bien c’était avec une randonneuse…

R : Ah oui ? Et sur quelle partie de ton périple ?

D : Oulala… oh, c’était les pyrénées.

R : Donc il y a eu l’ours… et la randonneuse ! (rires) génial.

R : Est-ce que tu écoutes de la musique quand tu fais de la rando ?

D : Ah non. J’écoute juste la musique de l’univers.

R : Et ta chanson préféré quand tu fais ta préparation physique ? Toujours sans musique ?

D : Toujours.

R : Écoutes, on mettra une petite musique zen de bruit de l’eau qui coule au bande son. La petite rivière qui coule, musique préférée du PodCast ! Merci beaucoup David pour ce témoignage, je vous rappelle que vous avez également le récit de sa reconversion dans le PodCast CCV. Est-ce que tu as quelque chose à rajouter pour terminer ?

D : Oui, j’ai deux cadeaux pour nos lecteurs qui nous lisent depuis tout à l’heure. Sur mon site, vous trouverez 1h de formation gratuite pour se préparer à faire votre randonnée, et vous trouverez également pour allez plus loin ensemble tout les programmes de formations vidéos :

R : Top, on mettra toutes ces infos juste en dessous, et moi aussi je vais tester pour l’Ecosse. Peut être pas en kilt. En tout cas merci beaucoup, je te souhaite le meilleur pour la suite, et la réussite de ton projet entrepreneurial, et on se verra peut être pour la suite 🙂

Pour retrouver les autres excellents PodCasts de 50 Nuances de Sport, rendez-vous ici 😉 :


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