Eloge de l’energie vagabonde : mon dernier livre de Sylvain Tesson ! Dans cet ouvrage, l’auteur nous emmène avec lui en Asie centrale… Sur l’un des plus gros gisement de pétrole du monde ! Notre Terre sécrète de l’énergie qui rejaillit à sa surface. Et selon lui, « l’être humain recèle un gisement d’énergie que des forages propices peuvent faire jaillir« . Un beau parallèle, qui méritait bien un livre…

Eloge de l’energie vagabonde : le Genèse

C’est probablement au cours d’une rêverie Parisienne que Sylvain Tesson a été surpris par ce parallèle entre la planète et notre propre fonctionnement… L’humain est toujours en train de dépenser de l’énergie pour être en mouvement. Et la Terre sécrète du pétrole qui n’est rien d’autre que de l’énergie à l’état pur !

C’est est trop pour Sylvain Tesson. Comme il l’écrit si bien :

J’avais deux solutions pour mener ces réflexions : poser mon cul sur une chaise de bois, […]. Ou bien actionner les rouages de mon corps, […]. J’ai parié que le mouvement est le derrick de la pensée. Les idées jailliront mieux sous les pas du vagabond que sous le couvercle de la méditation.

Sylvain Tesson, Eloge de l’energie vagabonde

Sylvain Tesson, l’aventurier écrivain

Habituellement sur ce blog, nous parlons exclusivement de randonnée. Mais, en attendant de repartir sur les sentiers… Pourquoi pas partir à travers les pages d’un livre ?

Eloge de l'energie vagabonde de Sylvain Tesson

Personne ne nous empêche d’aimer partir avec ses propres jambes et d’aimer partir au travers des lignes… Sylvain Tesson fait un pas de plus en les écrivant.

A l’heure ou cet article est rédigé, l’auteur à du écrire une petite trentaine de livre. Dont 10 récits d’aventure ! En clair, Sylvain a passé une bonne partie de sa vie à partir à pied (à vélo ou à cheval aussi), puis revenir compiler ces notes pour en faire des livres. Bref, une vie inspirante d’aventurier écrivain !

Et dans cette Eloge de l’energie vagabonde, il nous emmène…

Sur les pas du pétrole

L’idée est de revenir à la source. Et connaissant le goût prononcé de Sylvain pour l’ex-URSS… il faudrait trouver une source de pétrole dans ce coin-là. Ca tombe bien, un conglomérat de majors pétrolières occidentales mené par la British Petroleum vient juste de construire un pipeline géant !

C’est le fameux BTC : Bakhou-Tbilissi-Ceyhan.

Imaginez un peu le décor de rêve pour une petite randonnée à la Sylvain Tesson : la steppe, le désert, des mers en train de mourir, des russophones et de la vodka.

Parfait ! Sylvain prend immédiatement un avion pour l’Ouzbékistan. Et comme souvent au départ d’une expédition, c’est un vrai cirque.

La compagnie Ouzbek AirLines n’accepte son vélo en soute que s’il est emballé dans un carton. Mais, ils ne peuvent pas lui en fournir, et l’invite à aller voir la compagnie aérienne Suisse, qui a parait-il d’excellent carton à vélo.

Surprise ! Les Suisses n’ont pas le droit de vendre un carton pour une destination vers l’Asie Centrale. Ah… Mais il parait qu’Air France en a. Ah !

Encore raté, le chef d’escale d’Air France n’est malheureusement pas joignable pour une histoire de carton… Notre aventurier fini donc par emballer son vélo dans des sacs poubelles, « comme un clochard » !

La Traversée de la Steppe

Une fois arrivé en Ouzbékistan par avion, le plan de notre aventurier est simple.

Il lui suffit de traverser à vélo ou à vélo l’Ouzbékistan, le Turkménistan, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, l’Arménie, (le Kurdistan) et la Turquie ! Un vaste programme qui commence avec la traversée de la steppe et du désert de cette partie du monde qu’on appelle l’Oustiourt.

Pour être tout à fait honnête, je n’avais jamais entendu prononcer ce nom. Et cela ne me viendrait pas à l’idée de traverser un désert sans ravitaillement en eau à vélo. Sylvain : si. C’est d’ailleurs pour ça qu’on l’aime. Et cela explique aussi certainement en partie son succès : il n’a pas beaucoup de concurrents…

Bref, il se retrouve à pédaler à 50°C tous les jours sous un soleil de plomb. Sans végétation, sans pluie, sans un pet d’ombre ! Comme souvent dans ces cas-là en expédition, il se met à rêver de ce que son corps à le plus besoin… C’est à dire de l’eau !

D’ailleurs Sylvain nous confie dans son livre, que son délire hydraulique à lui, c’est plutôt le melon d’eau. Et lorsqu’il rentre dans un troquet au milieu de nulle part… Et qu’il demande à manger… Il est un tout petit déçu qu’on lui serve une soupe chaudes de trippes de cheval plutôt que du melon bien frais…

Des pipes et des Russes

Après une chaude et longue traversée du désert, notre ami arrive enfin au bord de la Mer, à Bakou. Et là, il se repose quelques jours. Il est en train de lire le rapport annuel de la British Petroleum. Une lecture fascinante, voyez par vous-même :

Il n’est question que de suceuses, de pipes, de pâte épaisse remontant des tréfonds, de colonnes de forage, […] de giclée de boue noire jaillissant dans des geysers torrides.

Rapport de Gestion Annuel de BP selon Sylvain Tesson, Eloge de l’energie vagabonde

Et voilà qu’après une traversée du désert en solitaire de plusieurs semaines, il se retrouve dans une grande ville remplie de jeunes russes, azerbaïdjanaises et kazakhs en bikini au bord de la mer !

A ce stade du livre, on sent l’aventurier solitaire trentenaire en pleine forme ! Le type qui fait du sport 10-12 heures par jours dans le désert et qui arrive tout à coup dans cette ambiance plus que sensuel. Pour avoir moi-même marcher 6 mois seul dans ma vingtaine… J’imagine tout à fait le niveau de tension que l’auteur doit avoir au moment où il écrit ces lignes !

Et comme il l’écrit très bien lui-même, « le voyage dissipe le trop-plein énergétique« . En fait, le mouvement ne serait que « la soupape de la fièvre sexuelle ». Et si les nomades, les randonneurs, les trekkers et les pèlerins vivent dans un « parfait apaisement intérieur »… c’est parce qu’ils dépensent « avec juste mesure le trop-plein vital sur le sable des pistes ». Nous retrouvons Sylvain Tesson, le poète

Le mouvement dans l’Eloge de l’energie vagabonde

Le mouvement n’a pas fini d’inspirer notre Sylvain Tesson pendant qu’il écrivait son Eloge de l’energie vagabonde. Quelques pages plus loin, il contemple la baie de Bakou. Légèrement teintée par le rush de l’or noir : des derricks partout, les flaques de pétrole dans lesquelles rien ne vit.

Décors pétrolifère avec derrick dans l'Eloge de l'energie vagabonde
Des derricks partout, les flaques de pétrole dans lesquelles rien ne vit…

Rien ? Pas tout à fait... Dans sa contemplation urbano-pétrolifère, Sylvain remarque des cloportes. En effet les cloportes sont les seuls animaux à survivre dans le pétrole.

Si vous aussi vous avez déjà observez des cloportes, vous avez certainement remarqué, chers amis lecteurs, qu’ils s’agitent dans tous les sens. Ils partent, à droite, à gauche, reviennent sur leur pas, tournent en ronds…

Et bien ces arthropodes inspirent à l’auteur cette autre réflexion. Après tout, le drame de notre civilisation, c’est de vivre emprisonné dans « des villes de pierres. Et pour nous consoler d’avoir du renoncer à nos pulsions nomades, nous voyageons, nous nous agitons. Nous recréons le nomadisme ».

Ces mots de Sylvain Tesson m’ont d’autant plus marqués que j’emploie presque les mêmes mot pour mot depuis 2017. Lorsque je parle des 3 problèmes principaux de notre civilisation. En effet, nous sommes sédentaires, citadins, et tertiarisés.

Or, le seul soin palliatif que notre monde marchandisé nous propose pour compenser, c’est un faux-nomadisme. On prend l’autoroute, le TGV pour rallier Paris à Marseille en 4 heures, ou l’avion pour aller à l’autre bout de la planète. On a l’impression de voyager. Mais… Toute cette dépense d’énergie pour quoi ? Pour rejouer au sédentaire ailleurs.

On tourne en ronds, comme les cloportes de Bakou, « les striures sur le dos en moins » rajouterait Sylvain…

Mon eloge de l’energie vagabonde

Après avoir traversé l’Europe à pieds en un an, je vécu de l’intérieur le fait que le nomadisme est inscrit dans nos gènes. L’être humain a été génétiquement sélectionné et perfectionné au cours des millénaires pour marcher environ 15 kilomètres par jours !

Si on en fait moins, notre corps va mal. Et la tête suis ! De mon petit point de vue de formateur en randonnée, si plus de 50% des français consomment quotidiennement des antidépresseurs ou des somnifères, il y a un lien avec cette vérité fondamentale.

Sylvain Tesson a du arrivé à la même conclusion. Lui, il part marcher la moitié de sa vie, et l’autre il écrit ses marches. De cette façon il invite ou inspire ses lecteurs à partir marcher. Moi, j’aide les gens à partir marcher en les préparant ! Pour partir léger, en sécurité et passer un bon moment sur les sentiers.

Concrètement, j’aide les randonneurs grâce à la vidéo, comme avec cette heure d’atelier vidéo :

On y voit ensemble comment bien choisir son matériel et préparer son corps avant de partir, pour aller dissiper son énergie sur les pistes…

L’éloge du confort sédentaire

Tous les aventuriers le savent, notre rapport au confort est parfaitement paradoxal. Sylvain Tesson l’écrit tellement bien dans son Eloge de l’energie vagabonde ! Par une journée de pluie, il passe devant le café du village Géorgien de Trioléti. Il s’arrête (au chaud et au sec pour une fois) un instant. Puis, la matrone du bar mettant de la techno en fonds musical, il s’enfuit :

A peine sur mon vélo, je regrette le confort du café. Les vagabonds connaissent cet état de perpétuel balancement entre l’envie de se reposer, et le désir, sitôt atteint le toit du havre, de reprendre la piste.

Sylvain Tesson, Eloge de l’energie vagabonde

C’est tellement vrai ! Et cela me rappelle les paroles quasi-identique (malgré un fort accent) d’un autre aventurier. Mike Horn, lorsqu’il termine sa dernière expédition… Une traversée du Pôle Nord de nuit en autonomie, rien que ça. Lorsqu’il arrive sur le bâteau, alors qu’il est épuisé, affamé (il a perdu plus de10 kg), blessé par de multiples gelures… Il jette ses skis, se met au chaud, et dit face caméra : « C’est incroyable la vie. Quand on est sur la banquise, on se sent vivant parce qu’on va peut-être mourir. Et dès qu’on rentre, on s’emmerde et on a envie de repartir ! C’est fou… C’est fou… ».

Revenons-en à Sylvain qui enchaîne en philosophant sur ce qui peut bien pousser les humains à toujours aller de l’avant. Par exemple le marcheur s’imagine qu’au prochain virage, après la prochaine colline, tout sera plus facile. L’alpiniste lui, croit que derrière la prochaine arrête, c’est le sommet. Mais en fait : non.

Ce serait donc l’espoir, l’attente d’un « mieux-être » qui serait le moteur de notre fuite en avant. « Celle-là même qui fait tourner le hamster dans sa roue avec l’espoir qu’elle devienne plate un jour« … Boom ! Encore une punch line dont seul Sylvain Tesson a le secret. J’appelle ça une Tessonnade, sa signature en quelque sorte.

Le remède : le voyage

Les kilomètres défilent sous les pieds de Sylvain, et les pages tournent dans les mains du lecteur. C’est bientôt l’heure de la fin du livre. Alors voici un dernier mot de l’auteur. Une sorte de remède à nos problèmes modernes :

Dans le rythme des villes, la vie ressemble à un champs de bataille sous le feu de l’artillerie, bombardé de discussion, saturé d’évènements, alourdi d’échange. Le voyage est un remède idéal pour vaincre la tentation de la dispersion qui menace nos vies urbaines.

Sylvain Tesson, Eloge de l’energie vagabonde

Tout est dit…

Résumé de l’Eloge de l’energie vagabonde

En résumé, l’Eloge de l’energie vagabonde de Sylvain Tesson est un bon récit de voyage teinté de sa vision du monde. Récit d’un voyage de quelques milliers de kilomètres tout de même, dans des endroits pas toujours évident comme la Steppe et le désert de l’Oustiourt !

Et une teinte de sa vision du monde, qui n’engage que lui et est parfois assez clivante. Sylvain Tesson : on aime ou on déteste, mais il ne laisse personne indifférent. Pour ma part j’ai aimé, mais c’est le premier Tesson que j’ai vraiment apprécié. Disons qu’il m’aura fallu du temps pour apprécier sa plume, son cynisme, et ses Tessonnades parfois un peu amères.

Pour découvrir plus en détail ce livre, je vous donne rendez-vous ici :

Critique d’Eloge de l’energie vagabonde en vidéo

Pour en lire plus

Enfin, si vous aimez les récits d’aventures, vous apprécierez :

P.S : J’espère que nos amis lecteurs me pardonneront cette terrible faute d’orthographe répétée si souvent dans cet article ! En effet, le titre de ce livre de Sylvain Tesson est bien accentué : « Éloge de l’énergie vagabonde »… Cependant, à l’époque où nous vivons, il faut savoir que 80% des internautes qui recherche ce livre l’écrivent sans accent ! Je n’ai donc fait que leur faciliter le travail 🙂


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