Le GR10 c’est comme la vie : ça monte et ça descend !

 

Mon GR10 en été 2017

 

Qu’est ce que c’est le GR10 ? Le mythique Chemin de Grande Randonnée n°10 est l’une des plus fameuse randonnée balisée de France. Il s’agit de faire la grande traversée des Pyrénées, dans le sens de la longueur ! Il vous fait partir de l’Océan Atlantique à Hendaye, en plein cœur du pays basque, pour arriver sur la côte Méditerranéenne à Banyuls.

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Le GR10 au plateau de Beille

Maintenant parlons de choses sérieuses, ses mensurations… impressionnantes… 900km, 55 000m de D+ et autant de D-. Le D+ c’est le dénivelé positif, çà veut dire qu’en tout on monte 11 fois le Mont Blanc, puis on le redescend 11 fois ! Je ne te caches pas que cela fait beaucoup pour une paire de jambe. Tout çà en environ 55 jours en moyenne, selon ta forme, ton entrainement, ton rythme de marche et tes pauses. En ce qui me concerne, je l’ai fait d’une traite en 48 jours, dont 7 jours de repos intégral, soit 41 jours marchés.

Amis randonneurs, amis montagnards : faites le GR10 ! Si tu aimes la randonnée, et tout particulièrement la randonnée en montagne, c’est un incontournable. Les dimensions étant énormes, beaucoup de GR10istes (c’est le petit nom des finisher du GR10 ^^) le font sur plusieurs années, par tronçons. Une semaine par-ci, deux semaines par-là, et on fini par boucler la boucle. D’ailleurs, le tracé du chemin est très bien fait et rallie une grosse ville… enfin une ville suffisamment grosse pour avoir ders moyens de communication (trains, cars…)

 

Tout commence par la traversée du le Pays Basque

 

On commence sur la magnifique plage de sable fin d’Hendaye. Avant de partir, je te conseille un dernier bain dans l’eau chaude et salée de l’océan, car tu ne reverras pas la mer avant 900 bornes. Puis, c’est le seul passage en plaine et petite montagne du GR, histoire de se mettre en forme progressivement. D’ailleurs, si la majorité des randonneurs fait le GR d’ouest en est, c’est aussi pour çà, en plus de prendre le soleil de face le matin à la fraiche, plutôt que l’après-midi ou les journées estivales peuvent être chaudes. Très chaudes même, attention aux risques d’orages.

Petite entorse à la progressivité, au col des veaux (kilomètre 53) tu auras le choix entre deux itinéraires. Le GR normal qui passe par les falaises de Zarkambidé pour redescendre sur Bidarray, est appelé gentiment « passage vertigineux ». Pour une deuxième journée de marche, çà met dans le bain cependant, la dénivellation et la technicité du pierrier pourrait troubler les plus sensibles d’entre nous. Par conséquent, les organisateurs ont créé un 2eme itinéraire alternatif qui te permettras de rejoindre tranquillement Bidarray.

Souffrant moi-même du vertige, je me suis fais une petite frayeur dans ce passage. Il faut dire que j’ai un peu accumulé : 7 journées à 30km d’affilés sans repos. La vue du vide et l’orage qui fonçait vers moi m’ont mis un coup de pression mémorable ! J’ai lutté contre mon vertige qui commençait à me tétaniser dans le pierrier pour me dépêcher de redescendre. J’étais mort de fatigue ! Tellement que je n’ai pas eu la force de pousser jusqu’à l’étape au fond de la vallée. Je me suis mis suffisamment bas sur la pente pour ne pas être dans le nuage d’orage qui arrivait, j’ai planté la tente, manger un bout et me suis endormi directement. Pour être réveillé d’ailleurs à minuit par les éclairs qui zébraient le ciel à 200m au-dessus de ma tête. Ma-gni-fique.

 

Bienvenue au Béarn !

 

Premier passage en altitude au pas d’Osque, (à 1922m le plus haut du GR pour le moment) et hop, on arrive dans le Béarn. A cet endroit la vue sur le Pic d’Anie est imprenable, et une jolie main courante t’y attends (une main courante est une corde placée dans la roche pour faciliter un passage un peu technique).

C’est dans cet ancien royaume de Navarre, le pays d’Henri IV, que tu vas pouvoir trouver à mon sens LE plus beau spot pour faite LA plus belle photo de ton GR (juste en dessous). Je suis bien sûr en train de te parler du Pic du Midi d’Ossau. Au km 223 on franchi le col d’Ayous (nouveau plus haut à 2185m) : d’ici tu peux continuer la ligne de crête jusqu’au Pic d’Ayous. Ca ne te coûteras qu’une heure aller-retour. Et là, arriver à son sommet, tu vois le Pic en face de toi avec les magnifiques lacs de montagne turquoises à ses pieds… époustouflant de beauté.

GR10
LeBanquierRandonneur au Pic du Midi d’Ossau

Allez, encore quelques kilomètres et deux passages en altitude à l’Hourquette (nom donné à un col) d’Arre (2465m, nouveau plus haut !) puis au col d’Ilhéou (2242m) et on arrive dans les Hautes-Pyrénées, où les choses sérieuses vont pouvoir commencer. Petite anecdote : j’ai franchi le col d’Ilhéou dans un brouillard total, avec une visibilité d’environ 20m. J’ai pas pu m’en empêcher : « Il est où ? »… « le col d’Ilhéou »…

 

Le Vignemale

 

C’est dans le département des Hautes-Pyrénées qu’on va ressentir qu’on est bien arrivé en haute montagne. Après un ravitaillement dans la vallée à Cauterets, au km 290, c’est parti pour le Vignemale. On remonte la rivière à travers la vallée qu’elle a creusé. Elle fini en vallée glacière, ce genre de paysage qu’un homme des plaines comme moi, Champenois-Bourguignon, n’a jamais vu de sa vie. Puis, un énorme monticule de roche barre la vallée dans un goulet et derrière lui : le refuge des Oulettes de Gaube, sa moraine, et au fond de la vallée se dresse un mur.

Ce mur, c’est le massif du Vignemale, qui culmine à 3298m au « Grand Vignemale ». Attention cependant, pour ceux qui seraient tenté, son accès se fait par le glacier donc piolet obligatoire. Si possible crampons, et pour les non-initiés au glacier je vous conseille fortement un guide. Une première fois, c’est toujours un moment délicat tu le sais. Et la première fois sur glacier, çà nécessite des compétences de base pour éviter la mort en cas de chute ou de crevasses.

Le GR10 passe par la Hourquette d’Ossoue à 2734m. Wahoo, c’es sont plus haut passage ! Une fois arrivé au col, l’occasion est quand même tentante : en suivant le chemin cairné (les cairns sont les petit tas de cailloux que mettent les gens de la montagne au bord des chemins comme balisage, c’est l’ancêtre des deux traits blanc et rouge de nos GR contemporains ^^) vers la droite, tu as 300 petits mètres de D+ pour arriver au sommet du petit Vignemale à 3023m ! Tiens, çà me fait penser que j’ai fais une vidéo sur ma chaîne YouTube au top (Mon 1er 3000m).

 

Gavarnie et Néouvielle…

 

Une fois redescendu toute la vallée de l’Ossoue, tu vas arriver à un autre endroit magique. Le cirque de Gavarnie, avec la plus grande cascade d’Europe, qui se jette dans la vallée du haut de ses 400m ! Franchement, ce que j’adore avec le GR10, c’est que chaque jours est différent. A chaque fois que tu franchi un col, c’est comme si… tu rentres dans un nouveau monde. Un nouveau décors, un nouveau paysage, une nouvelle végétation, c’est vraiment exceptionnel et çà dure 50 jours !

Enfin, 3eme et dernier spot des Hautes-Pyrénées : le Néouvielle (putain, le simple fait d’écrire tous ses noms mythiques me donnent des frissons et me replonge dans l’ambiance de ma randonnée). La réserve naturelle du Néouvielle est un site sidérant. Après un ravito dans la vallée à Luz-Saint-Sauveur, on remonte jusqu’au col de Madamète à 2509m quand même, puis on arrive dans la réserve. Amis randonneurs, amies randonneuses, réserve naturelle égale pas de bivouac, sauf dans les zones autorisées, c’est à dire les aires de bivouac des lacs d’Aubert et de l’Oule. Cet endroit est tellement bien préservé qu’il t’arriveras d’entendre le silence. Le silence, le vrai, celui qui te permets d’entendre les battements d’ailes d’un moineau à 30m, c’est vraiment, vraiment surprenant.

Mais le Néouvielle c’est aussi… un sommet ! Si tu plantes ton base camp à l’aire de bivouac du lac d’Aubert, tu peux longer le barrage, puis prendre le chemin cairné qui t’emmènes à son sommet. L’aller-retour coûte une grosse demi-journée et quelques névés (ces grosses plaques de neige qui peuvent rester toute la belle saison), et tu y gagnes une vue incroyable et un sommet à 3091m (le plus haut au prix d’un petit détour).

 

Les forêts d’Ariège

 

On redescend en altitude moyenne avec la traversée de l’Ariège dans ses immenses forêts. C’est l’occasion d’un contact profond avec Dame Nature, ses montagnes, ses forêts et ses habitants. L’Ariège, c’est très beau, mais par contre attention au ravito ! Il y 75km consécutifs sans ravitaillement, et le petit camping communal au 75ème kilomètre n’a pas une amplitude horaire importante. Cà veut dire 100km sans ravito si tu ne dors pas en gite/refuge, environ 4-5 jours de marche. Il faut le prévoir en portant plus de nourriture, et au pire n’hésites pas à toquer au portes : les gens sont super sympas et ne te laisseront pas crever de faim ! Petite pensée pour Gérard, le papi apiculteur qui m’a offert un pot de miel délicieux !

Ah oui, au fait, j’oubliais… fais attention aux ours. L’ours a été réintroduit en plusieurs endroits dans les Pyrénées dont les alentours du Mont Valier. Sur les bords des chemins, tu verras certainement leurs grosses touffes de poil qu’il perdent l’été et leurs merdes. Les rencontres randonneur-ours sont encore rarissimes, mais il y en a, et il y en aura de plus en plus vu l’accroissement de leur population. Je te parles de çà parce qu’un ours est venu tourner autour de ma tente une nuit… et j’ai bien failli me chier dessus de peur ! D’ailleurs, j’ai fais une vidéo là-dessus (Ma rencontre avec un ours).

 

Pyrénées Orientales

 

Cà y est, çà sent la fin, c’est l’heure du sprint final ! Enfin… plutôt du 110m haie car dans les Pyrénées orientales on revient en haute montagne, avec des paysage extraordinaires, parfois lunaires. A nouveau, en faisant 2 petits détours du GR10, tu peux facilement aller faire deux ascensions mythiques.

Le Pic du Carlit culminant 2921m. Surnommé le « Papa Catalan », c’est le toit de la Catalogne (le pays de Kilian Jornet), à la frontière entre la France, l’Espagne, et l’Andorre. Tu peux faire l’ascension traversante, avec un pierrier un peu raide il est vrai sur la face ouest, puis une petite descente toute douce du côté est. Elle est tellement douce qu’elle est bondée de touristes qui se garent un peu en contre-bas.

Ascension du Carlit
Le Pic du Carlit pris du base camp

Enfin, dernière montagne pour fêter la fin du GR10 : le Canigou et ses 2784m d’altitude. Comme pour le Carlit, l’ascension traversante est possible avec une petite cheminée sur la face ouest, puis une descente toute douce côté est, tu connais la suite… bondée de touristes. En revanche, je n’ai trouvé ni d’extraterrestres, ni de soucoupes volantes. Dommage.

Dernière ligne droite jusqu’à la mer en pente douce, et çà y est : Banyuls sur Mer ! Félicitations, te voilà finisher du GR10, tu as le droit de faire une jolie photo et surtout… d’aller te baigner dans la mer Méditérannée délicieusement chaude ! Fini les bivouacs d’altitude où il faut aller se laver au torrent dans une eau à 4°C quand il ne fait que 6°C ! J’ai éclaté de rire sur la plage en entendant une petite fille pleurer en disant « Papa, elle est froide ! » ^^.

 

Qu’est-ce que je retire de mon GR10 ?

 

La grande traversée des Pyrénées est une excellente école de la Montagne avec ses vallées très encaissées. En effet, on dit que dans les Alpes les vallées font un large sourire en « U », alors que dans les Pyrénées elles font un « V » ! les km de plat se comptent sur les doigts de la main, et c’est d’ailleurs pour çà qu’on arrive à ce chiffre impressionnant de 55 000m de D+ au total.

Pour moi, c’était ma première expérience de randonnée à la montagne, et je n’ai pas été déçu. J’ai énormément appris les techniques et astuces de marche. Par exemple, j’ai appris à utiliser mes 2 bâtons qui m’ont permis d’augmenter ma vitesse en montée de 30%, tout en diminuant de 30% les chocs articulaires sur les genoux à la redescente J’ai aussi appris à bien lever les pieds, à bien garder mon rythme dans la montée, et à allonger le pas dans les descentes et les faux-plats.

Mon corps également s’est parfaitement adapté au kilomètres et aux dénivelés. J’ai perdu mon gras, et pris du muscle dans les groupes musculaires fortement sollicités : un tour de cuisse, deux tour de mollet, des épaules et des bras (pour le portage du sac). L’adaptation à la raréfaction de l’oxygène est aussi impressionnante ! En effet, à 2000m on n’a plus que 80% de l’oxygène du niveau de la mer. A 3000m, c’est 70%, et crois-moi on le sent. Surtout avec des journées de 8-10h de marche de 25km avec 2000m de D+ par 30°C…

 

Pour bien conclure

 

Le GR10 c’est comme la vie : çà monte et çà descend ! Cà fait mal aux pieds, aux genoux, au cul mais… c’est un beau chemin à prendre.

Pour aller plus loin, comme je l’ai écrit au début de cet article j’ai le vertige. Et bien après 48 jours de montagne, ou les dénivelé sont tellement fort qu’ « horizontal » ne veut plus rien dire, j’ai vaincu ma peur du vide. Elle n’a pas disparu, mais elle met beaucoup plus longtemps à arriver, et je ne subi plus de crise d’angoisse une fois là-haut. A tel point que depuis j’ai commencé l’escalade et me prépare à faire mon premier Mont Blanc en été 2018 ! On aura l’occasion d’en reparler ensemble…

 

David, LeBanquierRandonneur

 

 

GR10
Et voilà, après 900km de marche, un petit bain dans la Méditérannée bien mérité !

 


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