5 000 km sur les sentiers du Saint Jacques de Compostelle, de Paris jusque « là ou fini la Terre »…  C’était un rêve, et je l’ai fait devenir réalité. Aujourd’hui je souhaite partager avec toi cette expérience hors normes, hors du temps… absolument unique. J’hésitais à partir de Paris, Vézelay, ou Le Puy en Velay… alors je suis passé par les trois. Voici le récit de « mon » Saint Jacques de Compostelle.

La Genèse

Pourquoi partir sur le chemin de Santiago ? Nous partons tous pour une raison différente. Pour ma part, j’ai eu de la chance… Nous sommes en 2017, j’ai 26 ans, je suis un jeune banquier prometteur avec toute une belle carrière tracée devant lui. Et là, il se passe plusieurs choses dans ma vie à peu près en même temps.

Tout d’abord, j’obtiens la promotion de mes rêves. Wah… un soulagement… En l’obtenant, je viens de ressentir un sentiment d’accomplissement, d’achèvement personnel. Quelques part, je viens de prouver à mon employeur que je suis « bon », en même temps que de le prouver à moi-même, ainsi qu’à ma famille. Cependant, j’ai le sentiment de ne pas être à ma place

Ensuite, une séparation. Je me sépare de ma compagne avec qui j’étais depuis 5 ans. Dans notre projet de couple, j’ai acheté une ancienne maison que je retape moi-même les soirs, les week-ends et les vacances… encore une fois, un sentiment de ne pas m’y retrouver…

Enfin, la rencontre avec de nombreux collègues et clients qui me répètent systématiquement la même chose… vers 55-60 ans, après une bonne discussion ou quelques verres de vin, c’est souvent remplis d’émotion qu’ils parlent de leur vie, pour une fois sans masque. « En fait, j’ai travaillé toute ma vie (et parfois fais des gosses)… et je n’en ai jamais rien fait. Maintenant je suis trop vieux, y a plus qu’à attendre la retraite… ». Attendre la retraite… Non, décidément, cette vie là n’est vraiment pas faite pour moi !

Choisir son chemin

Alors je pars ! Où ? Ca c’est une excellente question. Mon congé sabbatique de 6 mois en poche, je prend un papier un stylo, et j’écris. Brainstorming. J’écris sans aucuns freins tout ce dont j’ai envie. Passionné de randonnée et de nature, pour moi partir c’est évidemment à pied… et seul. Après avoir couché sur le papier toutes les rando que j’ai envie de vivre moi-même, je me rends compte que j’en ai pour 6 ans de marche quotidienne, alors que je n’ai que 6 mois devant moi ! Donc je compile mes rêves de randonneur, et un trajet se dessine tout naturellement. Saint Jacques de Compostelle.

Mais comme on dit, « à chacun son chemin », donc « mon » Saint Jacques est un peu différent du classique Le Puy – Santiago par le Camino Frances. Déjà j’hésite sur le point de départ, car j’ai très envie de passer ou plutôt de vivre des lieux tels que Notre-Dame de Paris, Vézelay (j’habite à 15km) et l’historique Puy en Velay. Je décide donc de faire les 3.

Ensuite, en plus de cet appel du chemin de Saint Jacques irrépressible en moi… Je ressens un autre appel. Celui de la montagne. J’ai déjà fait quelques randonnées sur plusieurs jours, mais jamais en Haute-Montagne. Au lieu de traverser les Pyrénées par un col, je les traverserai dans le sens de la longueur ! Sur le fameux GR10, la grande traversée des Pyrénées d’Hendaye à Banyuls.

Enfin, il me restera un peu de temps sur les 6 mois de congés, donc j’allonge un petit peu la parcours pour aller jusque là ou finit la Terre. Cependant, pas à Fisterra, qui n’est « qu’à » 90 km de Santiago. Mon bout du monde sera la Cap Saint Vincent, à l’autre extrémité du Portugal. Là, à la pointe sud-ouest de l’Europe, notre continent se jette dans l’immensité de l’océan Atlantique.

Préparer son voyage… et son sac !

Un dernier détail : je pars d’avril à octobre. Or, l’hiver est froid en Bourgogne (il fait -4°C le matin de mon départ) et les incendies de feu de forêt sont légions au Portugal l’été. Par sécurité et par confort, je décide donc d’inverser le sens de ma marche.

Je partirai de Faro, du sud du Portugal, pour remonter à Saint jacques sur le Caminho Portugues. Puis, je prendrai le Camino del Norte en sens inverse, avant de traverser les Pyrénées à la bonne saison. Enfin, je n’aurai plus qu’à traverser la France vers Paris.

Et que mettre dans mon sac ? Encore une excellente question ! J’y ai répondu dans cet article : Sac de Saint Jacques de Compostelle . Tu y trouveras tout le contenu de mon sac, ainsi qu’une liste de matériel à télécharger gratuitement en PDF pour ne rien oublier avant de partir :





Prêt pour le Saint Jacques de Compostelle
Prêt pour le Saint Jacques de Compostelle

Portugal

L’avion décolle de Paris-Beauvais. Il fait gris, il fait froid, et ce matin j’ai gratté ma voiture, comme tout les matin des 7 derniers jours d’ailleurs… J’atterri 2 heures plus tard à Faro. Il fait près de 40°C ! Je suis littéralement écrasé par la chaleur ! 40°C d’amplitude thermique en 12 heures de temps c’est beaucoup. Surtout quand on y est pas habitué…

Le début de cette aventure se place sous l’égide du soleil et de sa chaleur. La traversée du Portugal commence, en longeant toute sa côte. C’est ma-gni-fique. Vraiment. Je viens de ma grisaille du Nord, et je me retrouve face à face avec l’océan, caressé par ses vents et bercé par ses vagues… C’est d’autant plus sauvage et nature que les Portugais ne sont pas très randonnée, donc il y a assez peu de sentiers.

J’en emprunte quand même deux que je te conseille vivement, la Via Algarvina, et surtout le Sentier des pêcheurs qui est très récent, et vraiment exceptionnel. Mais à part cela, je fais ma navigation en longeant tout simplement la côte, avec Google Map comme guide ^^.

Saint Jacques de Compostelle

Après deux mois de  marche, j’arrive à Santiago… Wahoo… C’est un moment vraiment intense, vraiment très émouvant. Après tout ces jours de marche, ces semaines et pour certains des mois, des centaines de pèlerins se retrouvent sur la grand-place devant la Cathédrale. Certains pleurent, certains rient, d’autres chantent, d’autres encore s’effondrent, à bout…

C’est un moment unique, et je ne t’en dirai pas plus. Je ne peux que t’inviter, toi aussi, à prendre ton chemin J

Nous sommes tous partis pour des raisons différentes… et nous sommes tous arrivés au même endroit

Ces mots résonnent encore en moi, et j’en ai des frissons rien qu’en les écrivant, comme si j’arrivai à nouveau sur la Grand-Place…

La rencontre

Mais… si la capitale de la Galicie est la fin du voyage pour beaucoup d’entre nous… pas pour moi. Je m’offre un jour de repos, comme tout les jours du Seigneur, et demain il faudra repartir sur « mon » chemin.

Un autre aspect extraordinaire du pèlerinage : la rencontre. L’ambiance sur le chemin est vraiment superbe, et c’est encore une superbe rencontre que je vais faire au camping de Santiago. Un adorable couple de papi et mamie, « près de 150 ans à nous deux ! » me dit-il en rigolant. Toujours hilares, toujours positifs, ils sont partis du sud de la France pour s’offrir l’aller-retour à Saint Jacques en tandem.

Quelle belle leçon de vie… Tu t’imagines toi, partir à l’aventure en tente à 75 balais ? Je ne peux pas m’empêcher de leur demander leur secret… Et leur secret de la longévité en pleine forme : ne pas s’arrêter ! Faire de l’activité physique tout les jours, et partir à l’aventure tous les ans. A méditer…

Camino del Norte

Allez, après cette petite pause, c’est l’heure de reprendre le chemin… à l’envers ! J’ai préféré le Camino del Norte au Camino Frances. Notamment pour être plus dans la nature. En effet, le Camino del Norte passe par la petite bande de Terre piégée entre la Montagne et l’Océan.

A droite : la Cordillère Cantabrique couronnée de ses Picos de Europa (la première montagne que voyaient les navigateurs en revenant des Amériques). A gauche : l’océan Atlantique, avec ses falaises entrecoupées qui tombent à pic dans l’eau, et… ses petits lagons bleus. Oh là là, je ne savais pas qu’il y avait des lagons bleus comme çà en Europe ! C’est paradisiaque, surtout du côté de Santander.

Bien lancé, les pied faits par la traversée du Portugal, il me faut un mois pour faire le Norte. A nouveau, la rencontre sera une partie importante du voyage. Surtout qu’en faisant le chemin à l’envers, je croise tout le monde ! Environ 40-50 personnes par jours sur ce chemin beaucoup moins fréquenté que le Frances. Moins fréquenté, cependant bien équipé en infrastructure. Tu peux le faire en dormant toutes tes nuits en Albergue, et il s’en construit encore.

En traversant le pays basque Espagnol, je me rapproche d’une grande chaîne de montagnes… les Pyrénées s’offrent à mes yeux !

Le GR10 : la Grande Traversée des Pyrénées

Ca y est, on y est ! Arrivé à Hendaye, l’heure est venue de se lancer dans la grande traversée des Pyrénées sur le GR10. Presque tout les gens à qui j’ai parlé de ce projet, en sachant que je n’avais pas encore d’expérience de rando en montagne, m’ont sermonnés.

« C’est dangereux, il y a des pierriers, et les orages, et tu ne peux pas faire çà tout seul, et c’est trop dur, et tu n’y arriveras pas, et gnagnagna… ». Ah… à nouveau, quelle belle leçon de vie ! Honnêtement, combien d’entre nous à déjà abandonné un projet avant même de l’avoir commencer… motif : « les autres m’ont dit que… ». Sincèrement ?

C’est juste un obstacle sur notre chemin. Le premier, car c’est cet obstacle couplé avec notre propre faiblesse qui fait que beaucoup d’entre nous ne partirons jamais.

Et le GR10… quel magnifique chemin de grande randonnée ! C’est une merveille car à chaque fois que tu passes un col, tu découvres un monde nouveau. Vallées après vallées, sans interruption pendant 900 kilomètres. Si le GR10 t’intéresse, je t’invite à le vivre avec moi sur cet autre article de mon blog : Mon GR10 en été 2017 : 900 km et 55 000 m de D+.

Tu marches pendant 45-60 jours, et arrivé à un sommet, tu vois la mer au loin… Wahoo… quelle sensation énorme ! Le lendemain, sur un autre sommet, mais plus petit, tu la revois d’encore plus près. Et ce petit jeu de « 1, 2, 3, Soleil » dure quelque jours jusqu’au moment où tu redescend vers Banyuls.

Là, tu arrives sur une plage et tu peux te baigner dans une Mer Méditerranée délicieusement chaude ! Après 48 jours de bivouac en montagne, à se laver dans les torrents d’altitude à 8°C ou parfois moins… on dirait un sauna ! Le comble : à quelques mètres de moi sur la plage, une petite fille pleure en disant à son papa : « Bouh… elle est trop froide Papa ! »

Le sprint final : la traversée de la France

Maintenant, il ne me reste plus qu’à traverse la France à pied. Une paille, comparé à ce que je viens de faire. Une paille de 1 369 kilomètres quand même, en prenant l’itinéraire que je prends. Après l’état d’esprit de challenger sportif de vouloir faire mon GR10, je reviens dans une démarche un petit plus spirituelle.

Effectivement, atteindre une Cathédrale nommé Notre-Dame de Paris, en passant par Le Puy en Velay, départ historique millénaire du pèlerinage, et en passant par Vézelay « La colline éternelle »… le ton est donné.

De plus, la rencontre a été un élément quotidien sur le Camino del Norte et sur le GR10. Alors que traverser la France dans sa diagonale du vide au mois de septembre… C’est beaucoup plus calme sur les sentiers.

Chemin de Compostelle, Chemin de Stevenson, GR4, GR13 avec sa magnifique traversée du Morvan, mon itinéraire est aussi une bonne occasion. Car lorsque je pars en randonnée, je pars souvent sur des sentiers très réputés, très fréquentés, ect ect… Là je traverse mon propre pays, dans sa campagne profonde. Dans le calme. Et c’est dans ce calme que je me retrouve moi-même…

Je ne marche plus, je vole !

Je marche de clocher en clocher. Ou plutôt je vole, c’est vraiment la sensation que j’éprouve à ce moment-là ! Car après 5 000 km de marche pendant 6 mois… après avoir passer tout ce temps seul, à dormir sous ma tente… à ne faire que boire, manger, dormir, et marcher 8-10 heures par jours. Et bien j’ai une certain sensation de détachement de mon corps.

« Lui », ce corps, il se tient debout, porte le sac, et marche. « Moi »… je vole au-dessus de lui. Je ne sens pas même pas passer les 37 km par jours pendant ces 37 jours en France. Non seulement je ne sens plus vraiment de douleurs physique ou de difficultés… mais en plus j’ai l’impression de voler ou plutôt de baigner dans un immense Océan Universel.

La matière de mon corps n’existe plus vraiment. L’espace non plus d’ailleurs, après tout 5 000 km c’est quoi ? C’est rien, puisqu’on peut le faire à pied. Enfin le temps n’existe plus non plus. Je me réveille (sans réveil) tous les jours à l’aube, je pli mon campement, je marche, et… quand le soleil se couche je plante mon campement et je m’endors en quelques secondes.

Enfin, après 174 jours à avoir pensé à ce moment. Ca y est ! J’arrive à Notre-Dame de Paris. La ligne d’arrivée de mon pèlerinage. Je rentre vivre ce que j’ai à vivre dans ce lieu sacré, puis j’en ressort. J’immortalise ce moment en t’écrivant ces lignes et en filmant sur une vidéo que j’aime à regarder pour me rappeler mon « pourquoi » je suis ici.

Pour faire simple : « Quoique tu veuilles dans la vie, il te suffit d’avoir la force, la foi et le courage de tout donner pour y arriver. Et tu y arriveras. Que ce soit marcher 5 000 kilomètres, séduire l’homme ou la femme de ta vie, créer ton entreprise… tout çà c’est pareil. »

Et après ?

Et après « mon » Saint Jacques de Compostelle ? Hé bien, j’ai compris qu’il n’est pas à moi. Il m’a apporté la plus belle leçon de ma vie. J’ai compris que je n’étais pas à ma place dans la carrière où je m’étais lancé, quoiqu’elle fut très confortable. Aujourd’hui, j’aide les pèlerins, les randonneurs et les trekker à vivre leur rêve. Je les aide avec le récit de mes randonnées, avec des conseils techniques, et des Formations Vidéos pour bien se préparer avant de partir. Bien se préparer pour ne pas se blesser et profiter de son chemin jusqu’au bout. Tu trouveras plus d’informations sur mes Formations juste ici :





Ultreïa !

Je t’invite à vivre tes rêves, et à me dire ce que tu as pensé de cet article en commentaire 🙂

A très bientôt,

David


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