Francibéria : Présentation

 

Francibéria c’est… 5 000 km à pied, 6 mois de marche, 3 pays à traverser, 1 randonneur en solitaire en autonomie complète. Parti à Faro (Portugal) en avion, je reviens à pied jusqu’à Paris ! Ca fait du 28km par jour en moyenne, dont 32km par jour marché, soit 6 000 000 de pas à travers l’Europe de l’ouest. C’est aussi le nom que j’ai donné à ma 1ère grande expédition : « France – Ibéria », c’est à dire la traversée de la France et de la péninsule Ibérique, l’Espagne et le Portugal.

L’itinéraire n’est pas balisé tout le long, c’est aussi ça qui le rend interessant, et en gros j’ai longé toute les côtes Portugaises, puis toute la côte Atlantique Espagnole, traversé toutes les Pyrénées (dans le sens de la longueur !), puis le sprint final : remonter la France jusqu’à Paris. Objectif dans le viseur : Notre Dame de Paris. Au passage, tant qu’à faire, je m’offre de petits détours pour répondre aux appels qui m’attirent. Le spirituel pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, et le mythique GR10 : la grande traversée des Pyrénées.

 

Francibéria en image, pour te mettre tout de suite dans l’ambiance

 

La Génèse

 

Tu le sais déjà, ma vie d’avant était disons… un peu différente. Plutôt conformiste. Très emmerdante. Après un brillant Bac+5 en Gestion de Patrimoine et 7 ans d’activité en banques et cabinet indépendant, j’accède à mon rêve en négociant 3 choses auprès de mon employeur. Une augmentation, une promotion, et après avoir obtenu ces deux premières choses : un congé sabbatique.

Franchement c’est le rêve, devenir Conseiller en Banque Privée à 26 ans ! Wahoo ! J’ai fait 5 d’études, 7 de travail, j’en ai chié, et maintenant je l’ai. En perspective : 200 clients fortunés à accompagner, 120 millions d’€uros à gérer… en vrai, c’était pour moi mon objectif professionnel et une forte reconnaissance de ma valeur. Et ce n’est pas fini : les perspectives de carrières sont énormes avec dans le viseur le poste de CEO à 55 ans, avec 1.5M€ de salaire plus les stock-options… Sympa non ? Et bien tu sais quoi… j’en veux plus !

Être enfermé 8, 10, jusqu’à 12h par jour dans un petit bureau, éclairé par un néon, étranglé dans mon costard, les yeux rivés sur un écran d’ordinateur à faire répétitivement des procédures datant des années 1850… décidément, ce n’est pas pour moi. D’ailleurs, ce n’est pour personne, et quand je vois le nombre de mes collègues quinqua qui me disent en off, l’œil mouillé : « putain, 50 ans déjà, j’ai l’impression d’avoir rien fait de ma vie et c’est bientôt la fin… »

Tout ça me donne envie de me barrer en courant, et c’est exactement ce que je vais faire. Comment : je négocie mon congé sabbatique de 6 mois. Où ? Ca c’est une excellente question, et pour y répondre je fais un Brain Storming. Un brain storming c’est un papier, un stylo, et je note frénétiquement toutes les destinations de randonnée de mes rêves. Au bout de 20min, je relève la tête, je me relis, et je me rends compte que j’ai besoin de partir 6 ans pour faire tout çà ! Alors je compile et ainsi naquit Francibéria…

 

Le Départ

 

Allez, c’est parti on y va ! Il faut tout organiser de A à Z. Tout c’est 3 choses. Tout d’abord, que tout soit clean au boulot. Oui, je pars, mais je veux que tout soit parfait, comme d’habitude. Ensuite, c’est ma maison : finir les travaux, la mise en vente, le déménagement… Enfin, c’est l’éxpédition en soi. La préparation des itinéraires se fait en rentrant du boulot le soir, pendant le diner pour gagner du temps. Je suis en général mort de fatigue, penché sur des cartes, Google Map ou autre forum

Les 3 mois de ma vie juste d’avant le départ son très intenses. Rien que pour ça, c’est une bonne idée de partir ! Comme le disait Stevenson,  « Ce n’est pas la destination qui compte, mais le chemin ». J’aime me mettre en mouvement, c’est là que j’ai l’impression de me sentir vivant. D’ailleurs, en parlant de vivant, je prépare mon expédition Francibéria comme si j’allais y mourir. Je met tout en ordre dans ma vie, je dis ce que je n’ai jamais osé dire aux intéressés, tout est karmiquement clean. Maintenant je peux partir !

Et l’équipement dans tout ça ? Un mot d’ordre : léger. C’est le seul mot qui doit être dans la tête du randonneur qui prépare son sac ! Je vais bientôt faire un article et une vidéo sur ma chaîne YouTube pour présenter mon équipement qui m’a permis de vivre 6 mois en autonomie. Seulement 30 objets, pas plus ! Ici, je vais juste préciser que j’ai une team logistique avec qui j’échangerai par colis : équipement été/hiver/nouvelles chaussures. Ah oui, les chaussures… fais-les à tes pieds avants c’est mieux !

Tu connais la tendinite ? Aïe, je m’en fais une 6 mois avant de partir. Elle me prive de tout mon entrainement. 3 mois avant de partir je vais voir mon médecin qui préconise 3 mois de repos total puis 3 mois de rééducation progressive. « Oui docteur »… 6 semaines plus tard je reprends très progressivement l’entrainement qui m’emmènera à marcher 5000km en 180 jours.

 

Le Portugal

 

L’avion décolle de Paris le 4 avril 2017. Il atterris 2h plus tard à Faro. 2h putain… moi je vais mettre 6 mois à faire le même trajet au pied ! Ca change ses repères spatio-temporel habituels. Les 4 derniers jours passés en France, j’ai gratté ma voiture tout les matins pour aller bosser, avec -4°C au thermomètre… J’atteris à +40°C ! Ca change mes repères thermiques habituels !

Où va le chemin
L’Algarve au sud du Portugal

C’est d’ailleurs le soleil, la chaleur et la sécheresse qui vont me plus le faire souffrir. Mon aventure commence en Algarve, pendant le printemps-été 2017 particulièrement caniculaire. L’effet sur mon corps est immédiat : coup de soleil sur coup de soleil, insolation, fébrilité, nausées, diarrhées… Youpi ! Mais c’est pas grave, je suis enfin parti donc je suis content, et je m’adapte. Si tu ne supportes pas la chaleur, lèves-toi tôt ! Je prends très vite le rythme levé 3h du mat’, parti à 4h, marche jusqu’au grosse chaleur. Pause à l’ombre de 14h (midi solaire en vrai) jusqu’au soir, ou je retente une petite marche pour grappiller des kilomètres.

Au bout de 10 jours j’arrive au Cap Saint Vincent. Très important pour moi : une extrémité de l’Europe. La pointe du continent qui s’enfonce vers l’immensité de l’océan atlantique ! C’est très symbolique, car j’ai en tête d’atteindre le Cap Nord (tout en haut de la Norvège) uu jour pour finir ma Grande Traversée de l’Europe. Et c’est reparti, les km défilent sous mes pieds pendant que je longe la côte Portugaise vers le Nord.

Il me faut 2 mois pour traverser le Portugal. J’enrage ! Quand j’ai fait mes calculs, je pensais en mettre un seul mais j’avais provisionné seulement 900km de côtes. J’apprendrai plus tard, une fois rentré, qu’il y en a 1820 ! Le double !

Les paysages Portugais… alors là, le rêve. J’ai marché sur des plages de sables blancs désertes, avec des falaises rouges, ocres, oranges, jaunes. J’ai contemplé l’océan du haut de falaises de 120m de haut (pour la rando ça veut dire de beaux dénivelés cumulés en montagne russe). J’ai parcouru seul une dune de 90km de long ! Le monde était trichrome : le sable blanc, le pin vert, le ciel bleu. Il n’y avait que ça partout autour de moi.

Enfin j’arrive dans le Norte, la région de Porto. Là : changement radical de décors. Il y a une couche nuageuse constante (parfait pour le randonneur), c’est humide, vert, granitique, avec des Dolmens ! Je me crois arrivé en Bretagne, mais non, c’est une autre frontière que je traverse au sautant le pont du Rio Minho…

 

Bienvenu en Espagne !

 

Ca y est, j’ai traversé mon premier pays (plus que deux !), et en bonus, à quelques jours devant moi se dresse Saint-jacques de Compostelle. Je suis littéralement pris dans le courant des pèlerins ! Fini les jours et les jours seul à ne croiser personne sur les chemins portugais. Je suis sur une autoroute peuplée de pèlerins qui viennent des quatre coins du monde. C’est une ambiance que l’on peut palper dans l’air : toutes ces personnes qui marchent vers un but commun ! Comme un concert de rock ou une finale France-Brésil en 98 ! Le moral est au beau fixe, les performances sont là : pour la première fois de ma vie, je marche 40km par jour plusieurs jours d’affilé !

Et ça y est, après ce petit sprint Espagnol, j’arrive au lieu Saint, et je ressens une émotion millénaire absolument immanquable. Ami randonneur : fait le Saint-Jacques. Franchement. Pas besoin d’être chétien pour comprendre ce qu’il y a à comprendre sur ses chemins. Je déteste être spoilé, et je ne parlerai pas plus de cette expérience Jacquaire par respect pour ceux qui partiront la vivre.

Galicie, Asturies, Cantarbrie ! Les Autonomias défilent sous mes pieds pendant que je longe l’océan Atlantique sur le fameux Camino del Norte. Ah, le Camino del Norte ! Je le surnomme le paradis des randonneurs. Je m’explique : une couverture nuageuse fréquente qui te protège du soleil, qui t’envoie une petite bruine une fois de temps en temps, et surtout une température comprise entre 18-24°C 24h/24… C’est pas le paradis ça ?

Le Camino del Norte, paradis des randonneurs
El Camino del Norte, paradis des randonneurs

Alors Amis randonneurs, Amis pèlerins, pourquoi emprunter le Camino Frances ? Il passe à l’intérieur des terres, dans un climat parfois semi-désertique. Des étapes entières sur le bitume de routes qui ne finissent pas, sans l’ombre d’un arbre ! Ayons une petite pensée émue pour ce pèlerin mort de déshydratation en cet été 2017 caniculaire. Pendant que je jouis de Francibéria, d’autre meurt, et c’est dommage.

Enfin, un panneau planté sur le bord du chemin m’indique que je ne suis plus en Espagne. Déjà la France ? Non, les écritures bizzares qui viennent d’ailleurs me font comprendre que je suis arrivé à l’Euskal Erria : le pays Basque !

 

Les Pyrénées

 

Les Pyrénées… les voir sous mes yeux est un grand moment de ma vie. Je ressens l’appel de la Montagne au plus profond de moi, et c’est pour ça que je suis ici ! J’ai fait un détour à l’itinéraire de Francibéria pour m’offrir la Grande Traversée des Pyrénées. Ma première expérience de montagne sur le mythique GR10 ! Wahou ! 900km, 55 000m de dénivelé positif (7 Everest d’affilés), et je vais mettre 48 jours à le faire, dont 7 jours de repos.

 

GR10
Et voilà, après 900km de marche, un petit bain dans la Méditérannée bien mérité !

Parlons-en du repos justement. Lorsque tu pars sur une randonnée au long cours, je t’invite à être à l’écoute de ton corps. Marcher à fond pendant 15 jours pour se défouler avant de rentrer s’enfermer au bureau c’est bien. Mais si tu pars 6 mois, il va falloir offrir à ton corps le repos dont il a besoin. Et si possible, offre-lui avant qu’il ne casse. En ce qui me concerne, j’ai choisi le rythme de la semaine de 7 jours : 6 jours de marche, 1 jour de repos. C’est mon jour du Seigneur qui va me permettre de tenir sur la durée. Mon recors : 37 jours d’affilés sans repos… mais c’était une connerie, j’ai failli réveillé ma tendinite…

La richesse de la chaîne de montagne franco-ibérique est inimaginable. A chaque col, tu découvres une nouvelle vallée, un nouveau paysage. Des Mont-plats peuplé de moutons, tu passes à la haute montagne minérale des 3000m.  Des névés (plaques de neige quasi-éternelle) glissants on arrive dans la douceur de la garigue méditéranéenne (ksss ksss ksss, tu entends les cigales ?). J’ai rencontré un ours ! Tu rencontres des montagnes extraordinaire : Canigou, Carlit, Néouivielle et Vignemale… Et des randonneurs/randonneuses extraordinaires aussi.

Pour conclure cette magnifique étape de montagne, je dirai que le GR10 c’est comme la vie : ça monte et ça descend !

(Petite parenthèse pour ceux que ça intéresse, j’ai développé ma traversée des Pyrénées. Allez voir ses deux articles similaires : Mon GR10 en 2017 et J’ai rencontré un OURS !)

 

La France

 

France : me voilà ! la dernière épreuve de Francibéria est devant moi. Les Pyrénées m’ont déposées à leur pieds, qui baignent dans la méditerranée : Banyuls sur Mer ! Allez, un petit bain à poil dans la mer chaude ça fait du bien. Hé oui, après 6 semaines de toilettes dans les torrents de montagne à 4°C… une eau à 24°C c’est le paradis !

Pour commencer, une petite marche sur sable de 3 jours et demi. De Banyuls à Béziers, je marche sur la plage sans interruption. J’ai même traversé le Grau de la vieille Nouvelle entre Port la Nouvelle et Gruissan-Plage. Au lieu de faire un détour (pouah les détours !) par Narbonne, je traverse cette embouchure de l’énorme étang de l’Ayrolle qui se jette dans la mer. C’est assez profond, il y a beaucoup de courant, mais çà passe.

Une fois arrivé à Béziers (ou j’appelle les pompiers suite à un incendie dans un immeuble), je pique plein Nord pour traverser le Massif Central. A nouveau, quelle richesse ! Je saute la Montagne Noire, traverse à sec le Larzac, les sources du Tarn, puis c’est l’ascension du Mont Lozère par un froid glacial, les puys, le Forez. Je peux récupérer différents GR qui me mène vers le Nord : GR70 (le chemin de Stevenson), GR72…

 

Tarn près de sa source
Le Tarn près de sa source

Il fois redesendu des montagnes du massif, il ne me reste plus qu’à traverser la plaine de la loire avant ma dernière étape de montagne : le Morvan ! C’est une grande joie pour moi car c’est là que je vis depuis 4 ans. Et également, une forte satisfaction au vue de mes performances. En effet, j’ai déjà traversé le Morvan 1 an auparavant en 5 jours. Et là, je le fait en 3, soit un augmentation de 67% de ma vitesse ! En vrai, je suis aidé : d’abord il me pleut dessus du matin au soir, donc pas moyen de faire une pause tranquilou au sec. Ensuite, il fait froid, donc pas moyen de ralentir sinon c’est l’hypothermie assurée.

Il ne me reste plus que la plaine de France et j’y suis, ça y est ! Après un dernier bivouac sauvage à Choisy-le-Roy (si si, un bivouac sauvage bien caché entre des pêcheurs et les clochards) j’atteint Notre-Dame de Paris le 28 septembre 2017 à midi ! Putain, quelle émotion ! 6 mois de marche en solitaire en pensant à mon objectif tout les jours et ça y est… Notre-Dame, ma superbe ligne d’arrivée est là sous mes yeux qui se troublent de larmes.  J’avais rendez-vous avec Dieu, ici, et maintenant et j’y suis arrivé. Wahoo…

 

Et Après…

 

Et après ? Tu imagines bien qu’après une expérience comme cela ma vie a changée. J’ai appris que je suis inarrêtable, et ça valait le coup de l’apprendre ! En vrai, l’enfant que j’étais le savait mais je l’avais juste oublié…

Allez, je viens de vivre les 6 mois de ma vie les plus intenses, mais je ne m’arrête pas là. Francibéria n’est que le début. Je transforme mon congé sabbatique en démission, et je lance mon nouveau grand projet : LeBanquierRandonneur.fr ! Ton nouveau blog de randonnée ! Franchement, c’est beaucoup plus facile pour moi de marcher 5000km que de gérer un blog sur internet, mais mon projet est de vivre ma vie : la randonnée.

Au programme pour 2018 : le Mont Blanc, le GR20, la HRP (Haute Route Pyrénéenne), les glaciers Norvégiens, le GR5 et bien plus encore…

Allez, à bientôt sur un nouvel article et n’oublie pas : La Vie est une Grande Randonnée !

 

David Blondeau, LeBanquierRandonneur

 

LeBanquierRandonneur en portrait
Le Banquier Randonneur

 

 


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